ACTE V, SCÈNE I. i3i
délivres. Voulez-vous employer les ressources de votre esprit ?
BÉNÉDICK.
Mon esprit est dans mon fourreau. Voulez-vous que je le tire?
DOK PÈDRE.
Est-ce que vous portez votre esprit à votre côté?
CLAUDIO
Cela ne s'est jamais vu , quoique bien des gens soient à côté de leur esprit. Je vous dirai de le tirer, comme on le dit aux musiciens : tirez-le de son étui pour nous divertir.
DON PÈDRE
Sur mon honneur , il pâlit. Etes-vous malade ovi en colère ?
CLAUDIO
Allons , du courage, allons. Quoique le souci ait pu tuer un chat , vous avez assez de courage pour tuer le souci.
BÉNÉDICK,
Comte , je saurai serrer votre esprit de près si vous le tournez contre moi. — De grâce, choisissez un autre sujet.
CLAUDIO
Allons , donnez-lui un autre fleuret : celui-ci a été rompu.
DON PÈDRE. ■ '
Par la lumière du jour, il change de couleur de plus en plus. — Je crois, en vérité, qu'il est en colère.
i32 BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN,
CLAUDIO
S'il est en colère, il sait retourner la boucle de sa ceinture ^^^K
BÉWÉDICK.
Pourrai-je vous dire un mot à l'oreille ?
CLAUDIO
Dieu me pre'serve d'un cartel !
BÉNÉDICK, bas à Claudio.
Vous êtes un lâche traître. — Je ne plaisante point. Je vous le prouverai delà manière, et avec les armes, au jour et à l'heure que vous oserez choisir. — Donnez-moi satisfaction, ou je divulguerai votre lâcheté. — Vous avez fait mourir une dame aimable et vertueuse ; mais sa mort sera cruellement vengée sur vous. Donnez-moi de vos nouvelles.
CLAUDIO, bas à Bénédick.
Soit. Je vous joindrai , je vous le promets. (Haut.) Préparez-moi bonne chère.
DON PÈDKE.
Quoi ? un festin ? un festin ?
CLAUDIO
Oui, et je l'en remercie. Il m'a invité à découper une tête de veau et un chapon; si je ne m'en acquitte pas adroitement , dites que mon couteau ne vaut rien. — N'y aura-t-il pas aussi une bécasse ?
BÉNÉDICK.
Seigneur , votre esprit trotte avec grâce : il a l'allure aisée.
DON PÈDEE.
Je veux vous raconter comment Béatrice fit l'éloee