‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 72 sur 294 · ACTE V, SCÈNE I. i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I. i

de votre esprit l'autre jour. Je lui disais que vous étiez un bel esprit : sûrement , dit-elle , c^est un beau petit esprit. Non pas, lui dis-je, c'est un grand esprit : oh! oui, re'pondit-elle, un grand et gros esprit; ce n'est pas cela, lui dis-je, dites un bon esprit -.précisément, dit-elle, il ne blesse personne ;im.\s,, repris-je, c'est un sage cavalier : oh! certainement , répUquat-elle , un sage cavalier. Comment ! poursuivis-je , il possède plusieurs langues : je le crois, dit-elle, car il me jurait une chose lundi au soir, qu'il désavoua le mardi matin. Voilà une langue double; voilà deux langues. Enfin elle prit à tâche, pendant une heure entière , de défigurer , sur ce ton , vos qualités personnelles; et pourtant à la fin elle conclut, en poussant un soupir , que vous étiez le plus bel homme de l'Italie.

CLAUDIO

Et à cette idée elle pleura de bon cœur , en disant, qu'elle ne s'en embarrassait guère.

Oui , voilà ce qu'elle fit ; mais que cependant , avec tout cela , si elle ne le haïssait pas à la mort , elle l'aimerait à la rage. — La fille du vieillard nous a tout dit.

CLAUDIO

Tout, tout, et en outre , Dieu le vit le soir qu'il était caché dans le bocage.

DON PÈDRE

Mais quand planterons -nous l'arme du buftle sur la tête du sensé Béuédick ?

i34 BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN,

CLAUDIO

Oui; et quand y écrirons-nous au-dessous cette devise : « Ici loge Bënédick , l'homme marie? »

BÉNÉDICK.

Adieu, jeune homme. Vous savez mes intentions. Je vous laisse à votre joyeux babil; vous faites assaut d ëpigrammes , comme les matamores font de leurs lames, qui, grâce à Dieu, ne blessent jamais. (^ don Pèdre.) Seigneur, je vous rends grâces de vos bontés; votre frère, le bâtard, s'est évadé de Messine. Vous avez , entre vous tous , fait mourir une aimable et innocente personne. Quant à ce seigneur sans barbe, nous nous rejoindx'ons tous deux, et jusque-là, que la paix soit avec lui.

( Bénédick sort. ) DON PÈDilE.

Il parle sérieusement.

CLAUDIO

Très-sérieusement ; et cela, je vous le garantis, pour l'amour de Béatrice.

DOJN PÈDRE.

Et vous a-t-il défié ?

CLAUDIO

Le plus sincèrement du monde.

DON PÈDRE

Voyez la jolie figure que fait un homme , lorsqu'il sort avec son pourpoint et son haut-de-chausse , et laisse son bon sens.

( Entrent Dogbeny , Verges , avoe Conrade et Boraciiio conduit5 par la garde^ )

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