ACTE V, SCÈNE I. i
CLAUDIO
C'est alors un géant devant un singe ; mais aussi un singe est un docteur près d'un tel homme.
DON PÈDRE
Arrêtez î laissons-le. — Réveille-toi , mon cœur, et sois sérieux. Ne nous a-t-il pas dit que mon frère s'était enfui?
DOGBERY.
Allons, venez çà, vous, vaurien. Si la justice ne vient pas à bout de vous réduire, dites qu'elle n'aura jamais de bonnes raisons à peser dans sa balance; oui , et comme vous êtes un hypocrite fieffé , il faut veiller sur vous.
Que vois-je? Deux hommes de la livrée de mon fi'ère , garrottés ! Et Borachio en est un !
CLAUDIO
Faites-vous instruire , seigneur , de la nature de leur faute.
DON PÈDRE
Constable , quelle offense ont commis ces deux hommes?
DOGBERRY.
Vraiment, seigneur, ils ont commis un faux rapport ; de plus , ils ont dit des mensonges ; en second lieu, ce sont des calomniateurs ; et pour sixième et dernier délit, ils ont noirci la réputation d'une dame ; troisièmement , ils ont débité des choses injustes; et pour conclure , ce sont de fieffés menteurs.
i36 BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN,
DON PÈDRE
D'aboixl , je vous demande ce qu'ils ont fait ; troisièmement, je vous demande quelle est leur oflfense; en sixième et dernier lieu, pourquoi ils sont pinsonniers, et pour conclusion, ce dont vous les accusez.
CLAUDIO
Fort bien raisonné , seigneur ; et suivant tous les points de sa division ; sur ma conscience , voilà une question bien retournée.
DOIS PÈDRE
Messieurs, qui avez-vous offensé, pour être ainsi garrottés et tenus d'en répondre?Ce savant constable est trop fin pour se laisser comprendre ; quel est votre délit?
Noble prince , ne permettez pas qu'on me conduise plus loin pour subir mon interrogatoire; daignez m'entendre vous-même; et qu'ensuite le comte me tue. J'ai abusé vos yeux , et le complot que n'a pu découvrir votre prudence , ces imbéciles l'ont révélé à la lumière. Ce sont eux qui , dans l'ombre de la nuit , m'ont surpris et entendu avouer à cet homme, comment don Juan, votre frère, m'avait engagé à calomnier la jeune Héro ; comment vous aviez été conduits dans le verger, et m'aviez vu faire ma cour à Marguerite , vêtue des habits d'Héro ; enfin comment vous deviez la déshonorer au moment où vous deviez l'épouser. Ces hommes savent toute ma trahison ; et j'aime mieux l'expier par ma mort , que d'en répéter les détails à ma