ACTE V, SCÈNE I
honte. La dame est morte de la fausse accusation traniëe par moi et par mon maître ; et bref, je ne désire et ne demande autre chose, que le salaire qui est dû à un misérable.
DON PÈDRE
Chacune de ces paroles n'entre-t-elle pas comme un fer ardent dans vos veines?
CLAUDIO
J'avalais du poison pendant qu'il les proferait.
DON PÈDRE, àBorachio.
Mais est-ce mon frère qui t'a incité à cette action?
BORACHIO.
Oui, seigneur; et il m'a richement paye' pour la commettre.
C'est un homme pe'tri de noirceurs! — Et il s'est enfui après cette scélératesse !
CLAUDIO
Douce Héro ! Ton image revient se présenter à moi, sous les traits célestes qui me l'avaient fait aimer d'abord.
DOGBERRY, à la garde.
Allons, ramenez les plaignans ; notre sacristain, à l'heure qu'il est, a informé le seignevir Léonato de l'affaire. — Et n'oubliez pas , camarades , de faire mention en temps et lieu , que je suis un âne.
VERGES
Le voici, le seigneur Léonato, et le sacristain aussi.
(X'éonatû revient avec Antonio et le sacristain. )
i38 BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN, .
LÉONATO.
Quel est le misérable?... Faites-moi \oir ses yeux, afin que , quand il m'ai'rivera de rencontrer un homme qvii lui ressemble, je puisse l'éviter ; lequel est-ce d'entre eux?
BORACHIO.
Si vous êtes curieux de connaître l'auteur de vos maux, envisagez-moi.
LÉONATO.
Es-tu le vil scélérat dont le souffle a tué mon innocente enfant?
Oui ; c'est moi seul.
LÉONATO.
Seul? Non, tu n'es pas assez méchant. Tu te calomnies toi-même. Voilà un couple d'illustres personnages (le troisième s'est enfui) qui ont trempe dans le complot. Je vous rends grâces , princes , de la mort de ma fille. Inscrivez cette action parmi vos rares et beaux exploits. Si vous voulez y réfléchir, c'est une glorieuse action.
CLAUDIO
Je ne sais comment supplier votre impatience de m' entendre; cependant il faut que je parle. Choisissez vous-même votre vengeance; imposez-moi la peine que vous pourrez inventer dans votre douleur pour punir mon crime; et cependant je n'ai été coupable que par une méprise.
DON PÉDRE.
Et moi de même, j'en jure sur mon âme; et cepen-