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Ali! ce sont bien d’antres moissons que celles qui appellent la faucille, dont ces campagnes forent témoins! La mort plana sur cette fête rurale , et le cri perçant des batailles invita les combattants à un banquet sanglant. L’œil du démon de la guerre observoit tous les conviés à travers les images de fumée; son orçille ravje distinguoit tous les sons de ce tumulte confus , la voix tonnante du bronze, les aigres Æccents de la trompette, les acclamation^ des escadrons, leur charge bruyante, les gémissements des blessés et les derniers soupirs des mourants. v
Assouvis-toi, cruel ennemi des mortels, assouvis-toi! mais ne pense pas qu’un combat si terrible puisse long-temps durer. Les guerriers sont des hommes , et leurs efforts cessent avec leur vigueur épuisée. — Vain espoir! Le soleil, caché, par les nuages, entendit les premières clameurs du carnage, avant d’atteindre le milieu de sa carrière', et il alloit s’éclipser derrière les ombres de la nuit, quand ces mêmes clameurs montèrent de nouveau jusqu’à lui : pendant d^ux
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langues heures de nouvelles tvoupesentretiennent la bataille; Je$ colonnes ne cessent de se» heurter; l'orage des canons et nies bombes continue; la force et l'habileté guerrière s’aident réciproquement, et i’issoe de- cette sanglante journée est encore douteuse. . * -
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Bruxelles, quelles pensées étôient les tiennes pendant que tu entendois ce tonnerre lointain !
. Chacup de tes citoyens, respirant à peine, écoutolt ces sons avant-coureurs de la mort, chi pillage et des flammes *.< Quel affreux spectfaçle attrisfoit leurs regards lorsque des blessés, victimes de ce long combat, traversoient tes rues sur des chariots, d’où le sang ruisseloit sur la poussière comme les-gouttes d’uüe pluie. , < »
Combien de fois le tambour sembloit annoncer l’approche du cruel usurpateur, précédé du diep des ruines, qui agitoit sa torche incendiaire et son glaive homicide ! — Rassure-toi, belle cité; c’est vainement que sa main est étendue comme pour saisir sa proie; c’est vainement que, peu accoutumé à la résistance, il s’irrite jusqu’à' la
* Des prisonniers de guerre ont affirmé que Bonaparte
a voit promis & sa troupe ie pillage de Bruxelles pendant vingt- \quatre hepres.^ W. S. • ■ ■.
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fureur; c’est vainement qu’il rejiouvelle le. combat. . .. ■*'. •
— Avancez, avancez, s’écrie-t-il d’un ton farouche ; bravez le feu des batteries, précipitezvous sur ces bronzes ennemis ; avancez r ci .vous, mes cuirassiers, mes hussards, ma garde, mes guerriers d’élite; chargez pour la France, pour la France et Napoléon! . /
Ces braves lui répondent par leurs acclamations, et applaudissent à l’ordre .qui les /envoie affronter un destin que leur chef évite de par- . tager. c . •'/ , ' ■
/ Cependant celui qui est le bouclier et l’épée d’Albioç, toujours à la tête des siens, présentpartout où le danger l’appelle, prompt dans l’aétipn et bref dans ses parles, accourt comme un rayon.de lumière, et s’écrie:
, —Soldats, soutenez le choc; l’Angleterre redira
vos exploits. ...-'A
• L’orage crève; l’éclair de l’acier brûle à travers * . ; les nuages de fumée. La mêlée dévient plus terrible; trois cents panons tonnent et vomissent pne grêle de fer. Le cuirassier s'élance, le lancier se précipite ; l’aigle guide au carnage ces cohortes*
33ü ' LE CHAMP DK BATAILLE-
jusqu’alors uiv^ncues-;, leurs .-acclamations. les précèdènt, et. font .entendre le nom impérial au milieu du feu - et des vapeurs sulfureuses.
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Mais les Bretons reçoivent cette .charge sans .éprouver de terreur : leurs yeux ne perdent çjen de leur üèrté; aucun d’eux ne recule, tous voient de sang-froid les mourants et les morts.
Car à peine leurs rangs sont-ils ouverts par les foudres ennemies, que chaque ligne se serre dp nouveau; la place de ceux qui ne sont plus est occupée par d ? autres, jusqu’à ce qu’ils aperçoivent les casques et les panaches ennemis à la distance de trois lances; c’est alors que leur feu sc -réveille : cliaque fusilier décharge son arme a«çc la régidarité qu’on admire un jour de parade. Les casques et les lances tombent ; les aigles descendent de leurs bannières, les coursiers et les cava- . liers chancellent et sont renversés , les cuirasses
se brisçp* en éclats , et les bannières sont en hunbeàux. Pour augmenter le désordre , la cavalerie i anglaise prend l'ennemi en flanc, et force sa ré*‘. sistance. A“ux décharges de mousqueterie succède alors le cliquetis des épées , le hennissement dès chevaux ; les glaives retentissent sur les cuirasses •comme le marteau du forgeron sur l'enclume.
. , de WA.Ti ni.ao.
Lescahops, bien servis, aclièveiït la déroute; lanciers, cuirassiers, infàrîterie, cavalerie confondent jeurs rangs, et se retirent sans chefs et sanè étendards. - 1
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* Wellington, ton œil perçant reconnut que c’ëtoit l'heure’ critique pour décider du sort de nos-armes. Les guerriers de la Bretagne a voient soutenu Je choc des enfants de la France comme les rochers de leur île celui des flots; mais quand ta voix eut dit : Avancez! ils furent eux-mêmes les flots impétueux de leur Océan.- -•
O toi, dont les funestes dess.eins ont exposé ton armée à cette heure de honte, penses-tu que tes braves fatigués pourront résister à ces vagues •qiii fondent sur eux ? Tu tournes les yeux du côté de ces»nouveaux escadrons qui accourent dans le lointain r d’autres bannières se déploient, d’autyes canons résonnent ! — Cesse de croire que ce sont tes propres troupes qui arrivent triomphantes de la Ryle... Bhichert’est-il donc inconnu? As-tu oublié les sons de haine-et.de vengeance qüê les trompettes de la Prusse te firent entendre si souvent aux jours de tes disgrâces? -
* Que te reste-t-il à faire? te mettras-tu toi-même à la fête du reste de tes guerriers pour tenter un dernier-effort? Tu aimois à distraire tes loisirs par
33a LE CHAMP DE BATAILLE
l’histoire -de Rome, ét tu n’ignores pa$ quels furent les déstins de ce chef quij s’égarant jadis dans les sentiers de l’ambition, entreprit avec les gladiateurs de conquérir l’empire. Ah! si du moins il affronta les périls auxquels l’exposoit son audace téméraire, il n’abandonna pas les victimes qu’il avoit entraînées à leur ruine ; il creusa sa tombe sanglante avec sa propre épée, et fut enseveli sur le champ de bataille, théâtre de sa défaite , abhorré, mais non méprisé! . .
Maissi.une pensée moins généreuse te fait préférer la vie, quelque prix qu’elle doive te coûter,
tourne bride; quoique vingt mille Français soient morts dans cette journée fatale, se sacrifiant à tagloire, que tu n’hésites pas à déserter lâchement pour prolonger tes jours. Les âges futurs croiront-ils ton histoire pleine d’inconséquences? Estu l’homme du pont de Lodi, de Marengo et de Wagrain! ou ton âme est-elle comme le torrent des montagnes, qui, enflé par les pluies d’hiver, roule ses flots redoutés; mais qui, privé de ces secours, dégénère en un obscur ruisseau , dont le . cours ignoré n’offre plus que les vestiges dé ses ; anciens ravages. • . ’ ^ -
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