‹ Œuvres complètes de sir Walter Scott. Tome premier soixantième Romans poétiquesChapitre 99 sur 124 · CHAMP DE BATAILLE · texte numérisé non relu

CHAMP DE BATAILLE

DE WATERLOO

Aimable Bruxelles, tu es loin derrière nous, quoique pous puissions encore entendre le son prolongé de la cloche de l’horloge, dont le vent nous appôrte la voix solennelle du haut de l'orgueilleuse tour de Saint-Michel. Nous voici âu milieu des sombres bois de Soignies, dont les hêtres, Jes bouleaux et les chênes, entrelaçant leurs branches touffues, forment sur nos têtes un dôme de verdure. L’épais taillis semble inviter le voyageur; mais l’œil curieux y cherche en vain un accès; le tapis dé feuilles fanées qui Couvre le sol ne reçoit ni les rayons du soleil , ni l’humidité de l’air, ni l’eau de la pluie. Aucune vallée ne s’ouvre devant nos pas; aucun ruisseau rre traverse le sentier; l’étroite allée que, nous suivons se prolonge en sombres arcades, dont les voûtes uhiformes sç perdent dans l’éloignement. , .

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Mais enfin un tableau plus animé s’offre à nous ; la foret s’écarte en groupes épars. Des haltiers, des chaumières, des prairies et des champs de blé apparoissent dans les intervalles. Le diligent .villageois saisit gaîment sa faucille. — Ah] quand ces épis étoient® encore verts, le laboureur, voyant la destruction si près de lui, désespéroit de jouir jamais de leur maturité! Quel est ce hameau et ce clocher rustique ? — Que vos regards ne dédaignent pas sa grossière architecture ; vous êtes à Waterloo ! .

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• Ne craignez pas la chaleur, quoique le soleil éclaire le ciel d’automne, et qu’à peine un des arbres voisins de la iorêt nous pr t ête l’ombre de son feuillage. Ces champs ont vu un jour plus j ardent que celui qui fut jamais embrasé par le ‘soleil. Avancez encore un mille : — Cette haie iGOuronne une colline qui domine la plaine , et s’abaisse âvec une pente si douce, que les plis 'du v vo.ile d’une beauté ne forment pas des ondu- . dations plus faciles. A quelque distancé plus loin

lë terrain., s’élevant de nouveau, forme du coté

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opposé un rideau qui borne l’horizon. Le vallon renfermé dans cette enceinte forme un terrain* uni pour le pas des chevaux; la nymphe la plus timide peut sans trembler'abandonner dans ceâ sentiers les rênes de son blarifc palefroi : aucun

arbçe , aücun buisson nè s’opposent à son pas-

sage on n’effraient sa monture; point de fossés, .point de palissades, excepté aux lieux où s’élèvent les tours- démantelées d’ilugomont. .<

Apercevez-vous dans ces lieux solitaires quelques traces des événements dont ils furent naguère le théâtre? — Un étranger pourroit répondre : — Cette plaine couverte de chaume paroît avoir été récemment dépouillée de ses épis; et là de noires traces indiquent le passage * des chariots pesants du laboureur, chargés des gerbes de la moisson. Sur ces larges monceaux de terrain foulés aux pieds, peut-être les villageois ont-ils formé de ces* danses que Ténierfe aimoit à dessiner ; là, ou le sol est noirci par la flamme ils ont prépare leur repas frugal; et la

matrone du hameau a entretenu un feu de paille. '

LE CHÀmV DE BATAILLE

Voila ce que vous croyez! voilà ce que croient tons ceux qui voient ces lieux tels qu’ils sont en ce moment! Mais d’autres moissons que celles qui réclament la faucille du laboureur ont été recueillies par des mains plus terribles , armées de, la baïonnette, du sabrent de la lance. A chaque coup fatal des rangs entiers de héros tomboient comme les tiges dorées du froment : avant la fin du jour on vit çà et là des monceaux de éadavres; moisson terrible des batailles.

* - vj,' .

Regardez encore : cette place noircie vous indique le bivouac; ces sillons profonds, les vestiges de l’artillerie, tour à tour fatale aux deux armées. Non loin de cette vase durcie, le vaillant dragon précipita son coursier au milieu des torrents de sang. Ces excavations^ ont été produites par l’ex- * plosion de la bombe ; ces vapeurs souillées que le soleil aspire de Ce monticule, vous déclarent .que le carnage s’y est rassasié de victimes.

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