FIN DE LA BALLADE
— Ainsi donc l’épée de Douglas, le bras de Campbell si vanté, le fer que le féroce Kirkpatrick etnployoit au facile métier d’assassin, tout fut inutile. Barendown et le courageux Delahaie s’enfuirent au loin, quand cette agrafe rayonna sur le manteau de Lorn triomphant.
— Son ancien maître a abandonné ses soldats aux bûchers , aux bourreaux , au fer sanglant de nos montagnards, aux gibets, à la hache et aux supplices de l’Angletèrre. Qu’il erre de rivage en rivage, poursuivi par l’ombre vengeresse de Comyn : ses dépouilles serviront long-temps de trophée au baron de Lorn. —
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Comme le tigre, dont les yeux étincellent lorsque environné d’arcs et de piques, il choisit celui des chasseurs dont il veut faire sa proie, tel Edward regardent tour à tour le barde et le baron. Il saisit son épée; mais son frère lui dit dkm air sévère : — Arrête; es-tu si peu maître de
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36 * LE LORD DES ÎLES
toi, après tant d’épreuves et tant de souffrances, que tu ne puisses supporter les chants d’un barde mercenaire?... Vieillard, ta ballade loue dignement celui à qui tu vends tes services. Mais pourquoi-ne rien dire de ces trois vassaux du baron de Lorn, si braves et si fidèles, qui arrachèrent des mains de Bruce leur seigneur terrassé, et qui périrent pour le sauver. Je croyois que l’agrafe et le manteau étoient restés entre les mains mourantes de ces infortunés, lorsque, attaqué par cent ennemis de plus qui se précipitèrent sur lui. Bruce fit sa retraite, long-temps après que Lorn eut abandonné le champ de bataille, heureux d’avoir la vie sauve... Mais en voilà assez... Ménestrel prends cette chaîne d’or pour salaire : 1 que désormais elle te servie au moins de prétexte pour parler plus noblement de Bruce.
— Par Saint-Columba! par tous les saints qui reposent dans son église! je jure que c’est Bruce lui-mëme, s’écria avec fureur le baron de Lorn. Qu’il meure pour expier la mort de mon parent.
— Non, s’écria Ronald: tant que ma main portera une épée y je ne souffrirai point qu’on ifnmole à ma vue un guerrier sans défense. Le $ang de l’étranger ne souillera point mon château^
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cette antique demeure de mes pères sert d’asile à l’infortune; c’est le refuge et le bouclier des foibles , ce n’est point ici qu’on égorge un malheureux battu par la tempête. — Que parlez-vous de combat inégal, reprit le baron? Comyn tomba sous le fer de trois scélérats qui lui percèrent le cœur. Ne m’opposez point les droits de l’hospitalité. Comyn périt dans le temple du Seigneur; son sang ruissela sur l’autel. JSon implacable assassin le fouloit aux pieds, immobile... comme ce barbare , le bras armé et le mépris sur le front. A moi! mes amis, frappez, exterminez ces rebelles proscrits.
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Aussitôt plusieurs seigneurs des terres du continent se lèvent , dociles à la voix de leur chef. Le bras nerveux de Barcaldine s’agite, Kinloch- Alline a tiré son épée, la dague du noirMurthock est hors du fourreau , et la main formidable de Dermid est prête à frapper. Ils réclament une juste vengeance et répètent leurs cris de guerre. Ils s’avancent les armes hautes; les femmes fuient épouvantées. O terre d’Écosse ! c’en étoit fait de ton plus noble fils, il périssoit à son aurore , si les braves chevaliers qui étoient .venus des îles de l’Océan, réunis autour de Ronald, n’eussent arrêté la fureumde l’impitoyable Lorn.
LE LOED DES ILES
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C’étoient Je vaillant Torquil, descendu des hauteurs de Dunvegan, le seigneur des montagnes brumeuses de Skye; Mac-Niel, ancien Taniste de la sauvage Bara ; Quant , chef du clan belliqueux de Gillian; Fergus, seigneur de la b.aie et du château de Canna; Mac Duffilk, lord de Colonsay. Quand ils virent les épées briller, ils levèrent leurs armes, d’autant plus prompts que de vieilles haines, souvent assoupies mais jamais éteintes, divisoient entre eux depuis longtemps les seigneurs d’A\gyle et les chefs des Hébrides. Spectacle effrayant! de tout côté on voyoit briller des armes; la chevelure de chacun des chefs flottoit en désordre; ils se menaçoient des yeux ; déjà leurs bras et leurs épées se croisoient ; les torches réfléchissoient leur lumière sur l’acier meurtrier qui la renvoyoit en éclairs bleuâtres; les flambeaux de l’hymen sembloient destinés à éclairer un spectacle de sang au lieu des plailirs d’une fête nuptiale. '
Le combat alloit s’engager. Les chevaliers, agitant leurs épées nues, se préparaient à s’entr’é-
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