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gorger. — Mais tous ces ennemis hésitent encore, par un reste de respect pour les droits de l'hospitalité. La fureur se peignoit dans tous les yeux; mais chacun craignoit de porter les premiers coups; car les ménestrels maudissent celui qui trouble la joie des festins; d’ailleurs, un même nombre de chevaliers dans chaque parti, et des forces égales rendoient incertaine l’issue du combat. Les menaces et les cris s’apaisèrent peu à peu ; et bientôt cette troupe guerrière resta dans un silence aussi profond que le calme, image de la mort, qui précède l’orage. Anglais et Écossais, tous demeuroient immobiles comme les hommes de fer des anciens temps, auxquels on eût dit qu’il ne manquoit que le souffle de la vie pour engager le combat.
Édith profita de ce moment pour fléchir ces cœurs irrités. Avec elle , la- jeune étrangère s’élança vers Argentine; et son voile, s’étant détaché , laissa voir le feu de ses regards et les boucles flottantes de ses cheveux.
— O toi ! dit-elle , qui fus jadis la fleur des chevaliers et le protecteur du foible , toi qui vainquis dans Juda pour notre sainte loi, et qui, dans les lices, as souvent remporté des couronnes que cette foible main t’a décernées, pourras-tu rester
A o le Lofou ors îles.
insensible au cri de l’honneur qui s’indigne d’un combat aussi inégal , et dans lequel mes frères, autrefois tes amis, vont être immolés, au mépris des droits de l’hospitalité ?
Ces paroles s’adressoient à Argentine; mais les yeux de la belle suppliante parloient au lord des Iles. * *;8k,
Une couleur pâle, semblable à celle des derniers rayons du jour, couvroit le front de Ronald; il tressaillit à ces paroles, et une convulsion subite fit frémir tout son corps. Il jeta sur la belle suppliante un regard plein de trouble, et d’une voix timide : — Ne craignez rien , mon Isabelle... mais que dis-je! Ne crains rien , Edith; non , ne crains rien. Je saurai veiller à ton salut, r mon aimable fiancée. Ma fiancée!... Ce dernier mot expira sur ses lèvres tremblantes.
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Alors Argentine s’avança pour réclamer, comme vassaux du roi son maître, ces deux étrangers qui avoient porté les armes contre lui. Cette demande n’étoit sans doute qu’un prétexte pour les sauver, car jamais chevalier ne fut plus brave et plus loyal qu’Argentine. Ronald ayant deviné 1 son intention ne s’y opposa point; mais le fougueux Torquil traversa ce dessein.
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— Nous avons entendu parler du joug de l’Angleterre , s'écria-t-il , et la renommée aussi a murmuré dans nos îles qu’un droit légitime appelle Bruce au trône de l’Écosse , quoique dépossédé par une épée étrangère. Cette demande mérite d’être examinée ; mais quelque juste que soit la mission du chevalier anglais, que la couronne d’Angleterre saisisse ses sujets rebelles partout où s’étend sa domination. Au mépris des lois de l’hospitalité , au milieu des seigneurs de l’Ecosse appelés à venir partager les réjouissances d’un festin , soyez sûrs que je ne consentirai jamais à voir Lorn ou d’Argentine charger de chaînes un malheureux et brave chevalier. — V' *
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Ce discours ralluma la querelle : les menaces , les clameurs recommencèrent. Les vassaux et les
domestiques, en se précipitant dans la salle, mêloient leurs voix à ce tumulte, quand tout à coup on entendit le cor retentir au loin sur l’Océan.
r- C’est l’abbé, s’écria-t-on de toute part ^ c’est cet homme de Dieu dont les yeux ont eu de saintes visions ; qui a rencontré des anges sur son passage , auprès de la baie des Martyrs et de la pierre de Saint-Columba. Les moines de son
4* LE LOBDv DIS ÎLES.
couvent les ont entendu réciter leurs hymnes célestessur les sommets deDun-Y, pour charmer les heures de sa pénitence; pendant qu’il s’agenouilloit et disoit son rosaire au pied de chaque croix '. Il arrive pour apaiser nos querelles. C’est un saint qui vient d’une île sainte; nous invoquerons son ministère de paix : l’abbé terminera nos différends.