‹ Œuvres complètes de sir Walter Scott. Tome premier soixantième Romans poétiquesChapitre 16 sur 124 · TV · texte numérisé non relu

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48 ' LE LORD DES ÎLES

Comyn est mort parce qu’il a trahi la patrie. Je ne blâme ni ceux dont l’imprudent courroux a commis ce meurtre «uivi de si près par le repentir, ni ceux dont la bouche perfide a lancé le fatal anathème; je ne m’en prends qu’à moimème, à mon indignation provoquée par les malheurs de l’Écosse; le Ciel connoit les projets que j’ai formés pour expier, autant qu’il dépendra de moi, le mal que j’ai pu faire; et le juste Ciel 11e restera point sourd à la prière d’un suppliant qui appelle à sa clémence des condamnations d’un pontife et des fureurs d’un évêque. Dès que j’aurai rempli mon devoir le plus cher et le plus sacré,’ celui de délivrer l’Ecosse de l’esclavage, il sera temps de demander à l’Église ses prières pour l’âme de Comyn; et moi, soldat de la croix, j’irai en Palestine expier, en combattant pour Dieu, ce meurtre non médité. Mais jusque-là, que l’Église se contente de l’aveu de ma faute et de la. promesse de réparer mes torts.

— A présent , je rends à Argentine et à Lorn le nom de traître qu’ils m’ont donné. Je leur porte un défi et déclare qu’ils en ont menti par la gorge.

. • . * Tel qu’un homme immobile d’admiration de- " ’ '] vaut un spectacle miraculeux, l’abbé regardoit

CHANT II. ... ... '19

fixement le roi Bruce. Bientôt la plus vive agitation se peignit sur ses traits, sa respiration devint plus difficile et plus pressée. Des regards sombres et égarés partirent de ses yeux; ses cheveux se hérissèrent; son front s’enflamma; le sang circula dans ses veines avec une nouvelle rapidité; il murmura des mots inarticulés qui troubloient seuls le silence effrayant qui régnoit autour de lui, enfin il parla de la sorte : , • ’ •.

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— Bruce, j’allois frapper ta tète de mes malédictions; j’allois livrer ton sang à celui qui brûle de le répandre. Mais semblable au Madianite arrêté sur Zophim, je sens dans mon cœur glacé par l’âge une puissance invincible ; elle dicte mes arrêts, elle m’embrâse, elle trouble mes sens.

— Bruce, ta main sacrilège a frappé ton ennemi sur l’autel du Seigneur!... Mais, forcé de céder à l’esprit qui m’inspire, je te bénis et ma • bénédiction sera partout avec toi.

Il dit, et un silence de respect et de crainte régna long temps au milieu de la foule étonnée.

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Le feu divin enflamma’de nouveau le regard

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(le l’abbé; ses mouvements reprirent une force surnaturelle; cen’étoit plus la voix cassée d’un vieillard, mais les accents mâles de l’âge viril :

— Toi qui trois fois fus vaincu en bataille rangée; toi qui vis tes amis en fuite, égorgés ou captifs; toi qui, loin de ta patrie , erras dans lés déserts après avoir été poursuivi par des limiers altérés de ton sang; exilé sur des bords étrangers, roi proscrit, abandonné, réduit à la misère, je te bénis.... Et ma bénédiction te suivra dans les palais et sur le champ de bataille; sous la pourpre et sous le bouclier; tu laveras les affronts delà patrie; tu la vengeras de ses outrages; Bruce, roi légitime de l’Ecosse, désormais réconcilié avec la gloire et le Ciel, quelle suite d’honneurs attendent ta mémoire! Dans les siècles futurs, le père apprendra à son fils le nom du régénérateur de ses libertés. Les premières paroles de l’enfance célébreront tes louanges. Va maintenant, marche de conquête en conquête, poursuis ta carrière: ton iuAn appartient à la postérité. La puissance du Ciel te bénit avec moi, elle répand sur toi ses grâces... Mais, c’en est fait; je sens s’affoiblir cette force étrangère; mes yeux se ferment à cette lumière de l'avenir... Le Ciel a parlé; je ne recevrai point le serment nuptial des époux. Mes frères, notre tâche est remplie , notre présence est désormais inutile en ces lieux : remettons à la voile. —

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Les moines reçoivent dans leurs bras le prêtre

Pour obéir à ses

défaillant et respirant à peine ordres ils se hâtent de sortir du château, s’embarquent, et, la voile déployée, ils regagnent la haute mer.

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