‹ Œuvres complètes de sir Walter Scott. Tome premier soixantième Romans poétiquesChapitre 23 sur 124 · V LE LOA 1) DES ÎLES · texte numérisé non relu

V LE LOA 1) DES ÎLES

vroient tantôt la chaîne des monts, et tantôt abandonnoient leurs fronts chauves pour étendre leur voile vaporeux sur les ondes du lac, ou se disperser en légers tourbillons sur l’aile des vents. Souvent aussi, se condensant tout à coup, ils s’arrêtent immobiles ; des torrens s’échappent de ; leurs flancs entr’ouverts, et se précipitent en flots écumeux de la cime de la montagne, aussitôt que reparoît la clarté joyeuse du soleil. *£•

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— Quel est, dit Bruce, le nom de ce sombre lac dont les barrières effrayantes sont des préci- ' pices escarpés qui n’offrent au chevreuil d’autre sentier que l’étroite lisière que foulent nos pas ? Comment appelez-vous ces monts arides, et ce pic .. gigantesque élevant jusqu’aux nues ses gouffres affreux et ses crevasses qui sont comme les cicatrices de sa crête brisée par la foudre ? — Côriskin est le nom du lac, et Coolin celui de la montagne, ainsi appelée par nos bardes depuis le chef Cuchullin, d’antique mémoire; mais plus familiarisés dans nos îles avec les tableaux hideux de la nature qu’avec ses créations riantes, nos bardes se plaisent souvent, suivant le caprice de leur imagination , à donner des noms fictifs à de semblables objets. Je voudrois que le vieux Torquil

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pût vous montrer ses jeunes filles avec leur sein de neige, et vous dire d 'écouter le chant monotone de sa nourrice. Les jeunes filles, ce sont d’énormes rochers à saillies blanchâtres ; la nourrice , un torrent à la voix menaçante. Nous pourrions aussi vous faire admirer l'étang glacé de Corry vrekin , connu sous le nom de la Sorcière au chaperon blanc. C’est ainsi que l’imagination de nos insulaires a trouvé des noms fantastiques pour les lieux sauvages qu’ils habitent.

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Bruce répondit : — Une âme rêveuse pourroit trouver ici des idées plus morales. Ces rochers sublimes qui portent jusqu a la voûte des deux leurs têtes stériles, indifférents aux rayons du soleil et aux insultes des frimats, ne sont-ils pas l’image du sort d’un monarque? Élevé au milieu des orages politiques, placé trop haut pour goûter les simples plaisirs d’une vie obscure , son âme est un roc insensible, son cœur un aride désert; sa tète couronnée est au-dessus de l’amour, de l’espérance et de la crainte... Mais que vois-je sous cette pointe de rocher? ce sont des chasseurs qui ont tué un cerf. Qui peuvent-ils être? Vous disiez tout à l’heure que jamais mortel ne pénétroit dans cette île?

Rôkuns poétjquhs. Tom. ni.

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LE I.onn UES ILES.

— Je l’ai dit... et je le croyois, répoudit Ronald. Cependant je vois aussi cinq hommes qui noua observent et viennent à nous. Par la ganse qui décore leurçs bonnets je les reconnois pour des vassaux de Lorn , pour des ennemis^de mon prince. — Peu importe, j’ai vu maint combat plus inégal. Nous sommes trois contre cinq; niaisrle pauvre page ne peut guère nous aider : convenons donc de notre plan de bataille... S’ils nous disputent le passage, attaquez-en deux,, je me changé des autres. — Non, mon prince, c’est à mon épée qu’il appartient de résister à trois ennemis. Si Ronald succombe, ce sera une perte plus facile à réparer que celle de Bruce... Mais

nos insulaires sont bientôt des soldats... Allan a

une épée aussi bien qu’un arc; et, si mon roi l’ordonne , deux flèches vont égaliser le nombre de» deux côtés. — Non, reprit Bruce, dût-il m’en coûter la vie ; j’ai déjà à répondre de trop de sang inutilement versé... Nous saurons bientôt si ces gens-là viennent à nous comme amis ou comme •ennemis. “V *\

~ Digtrr mJ by -Gr.rlgle

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Ces étrangers s’approchoient toujours, et leur aspect sinistre étoit loin de rassurer le monarque : ils s’avançoient d’un pas irrésolu , le regard en dessous et cherchant à n’être pas vus; les deux premiers, mieux équipés, portoient le costume, le plaid et les armes des montagnards : des dagues , des claymores, un arc et des traits. Les trbis autres,

qui suivoient à un court intervalle , semble

des peau*:

des serfs d’une classe inférieure

chèvre ou les dépouilles du daim protégeant

leurs épaules contre le souffle du vent; leurs

bras, leurs jambes et leurs têtes étoient nus,

leur barbe mêlée, et leurs cheveux crépus; Une

massue, une hache et un glaive rouillé compo-

soient toutes leurs armes.

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