‹ Œuvres complètes de sir Walter Scott. Tome premier soixantième Romans poétiquesChapitre 31 sur 124 · C-HfrNT IV · texte numérisé non relu

C-HfrNT IV

’ ? — .Non , Madame ; depuis long-temps les pierreries et le faste n’ont aucun prix à mes yeux; mais un vain cortège n’indique point le rang de l'étranger, un jeune page forme toute sa suite. C’est l’aspect, le regard et l’accent de ce seigneur qui imposent. Sa haute stature le fait ressembler à une tour; mais elle est si parfaite dans ses proportions qu’elle ne manque ni d’aisance ni de grâces. Ses cheveux, noirs comme le jais et déjà nuancés par la neige de l’âge, se bouclent sur son front comme les festons de la vigne. L’habitude -des combats a laissé un air farouche dans ses traits majestueux; mais il y a tant de dignité dans ses regards, que , malheureuse et suppliante , je serois sûre de trouver dans ce guerrier bienveillance et protection; coupable, je le redouterois plus que . la sentence qui m’auroit condamnée au trépas. — Assez, interrompit la princesse; c’est l’espoir de l’Ecosse, son espoir, son orgueil; jamais le front de* vulgaires mortels ne fut si auguste et si imposant : c’est l’élu du Ciel qui est rendu eufm à la patrie : hâte-toi, Mona, hâte-toi d’introduire mon frère chéri , le roi Bruce. . * %

' luJfVHS POETIQUES. ToOl. 111.

Le frère et la Sœur s’embrassent, avec le sentiment qu’éprouvent des amis qui se sont quittés avec douleur et qui ne se revoient qu’avec une espérance douteuse. Mais quand les premières émotions de cette entrevue furent calmées , Bruce promena ses regards dans l’humble cellule ,;syr la muraille nue et le lit de veille. — Et ce sont là, • ma pauvre Isabelle, dit-il, ta demeure et ta couche royales! Les riches étoffes et les joyaux qui contiennent à ton rang sont donc remplacés par un simple rosaire et une ceinture de crin ! Au lieu des fanfares du clairon qui annoncent les banquets ou les jeux de la cour, c’est la triste voix de la cloche qui t’appelle à la prière et à la pénitence! Malheureuse sœur de celui qui a hérité des droits du premier David , pourquoi faut-il que la fortune des armes ait trahi la justice de ma cause!

xxiv. v .

— Laisse ces vains regrets; sois l’inébranlable ! Bruce , s’écria-t-elle : je serois moins glorieuse de devoir un couronne au hasard , que d’avoir partagé tes disgrâces lorsque ton bras s’arma pour la défense de la patrie. Ne t’affliges pas si je ne me

CHANT IV. gtj

laisse plus égaret par le rêve trompeur des joies du monde, Le Ciel a daigné jeter un coup-d’neil sur mon inexpériencè et me préserver du naufrage. Il m’a éprouvé avec toute la sévérité de ses jugements! La ruine de ma maison, ta défaite , la mort de Nigel, ont subjugué mon cœur; j’ai fixé toutes mes espérances dans le Ciel : les vaines grandeurs ne me séduiront plus dans ce monde du péché.

— Non, Isabelle, répondit Bruce, non, avant de faire ce choix , écoute la voix de tou frère... Réfléchis bien; crains que dans la pénitence du couvent de plus douces pensées ne vienent te distraire... Peut-être le souvenir de ce chevalier inconnu , vainqueur au tournois de Woodstok.... ' Tu rougis; que dirois-tu s’il mettoit à tes pieds un laurier plus glorieux encore ? — L’œil pénétrant de Bruce avoit aperçu la rougeur passagère d’Isabelle, aussi rapide que le dernier rayon du jour qnji, colore la nue et s’évanouit aussitôt. Mais Isabelle, répondit avec un regard assuré:- — Je devine l’intentioa de mon frère ; car la renommée a pénétré jusque dans ce cloître silencieux, et nous a appris que la voix de Ronald a rangé tous les habitants des îles sous ses nobles drapeaux. Mes yeux m’ont déjî» fait reconnoître que le chevalier

I oo

•®LE MRD DES ILES

vainqueur du tournois et le bravç lord Ronald ne sont qn’nn. Si, libre de tout autre lien, il eût brigué plus tôt rpon alliance , sôïi nom et l’appui de mon frère auroient peut-être... Mais fais élôigner ce page ; je ne puis te répondre devant lui. < '

Le page se tenoit à l’écart autant que pouvoit le permettre l’étroite enceinte de la cellule. L’çeil troublé, le cœur ému, il s’appuyoit sur l’épée de Bruce. Chargé aussi du manteau du monarque, ''il s’en couvroit le visage. — Ne crains rien de ce témoin, dit Robert, je lui dois la vie. Il- quitte rarement mon côté ; je suis sûr de sa discrétion , puisque la nature l’a condamné à un éternel silence. Sa douceur est sans égale; je veux qu’il habite dans la cellule du père Augustin , et qu’il consacre ses services à ma sœur Isabelle. Ne fais point attention à ses larmes; je les ai vu couler souvent comme l’onde qui s’échappe des monts au retour du printemps; c’est un jeune ménestrel qui mérité tout notre intérêt, mais trop timide pour braver les dangers et les flots; ceux qui veulent suivre Bruce doivent savoir lutter contre l'orage. Continue , ma chère Isabelle : que dois-je répondre à lord Ronald ? f

w Dlçjitized by Gofegle

owAtrt iv. * it> J ,

-> •. Si ■ • .XXV|I. • . .

* — . Eh bien ! que Ronald apprenne que le

cœur qu’il désire obtenir n’appartient plus qu’à Dieu. Mon amour fut comme la tendre fleur d’été qui se flétrit dans la saison des frimas*, enfant dç l’orgueil et de la vanité, il s’est évanoui avec les brillantes chimères qui l’ont produit.' Si Ronald insiste, dis-lui qu’il est lié à celle qui reçut sa foi ; l’anneau de l’hymen , ses serments sur la croix et son épée sont «les nœuds sacrés qui l’epchalnent., Et^toi, Robert, qui plaides ici pour lui , je t’ai vu te déclarer le protecteur d’une femme malheureuse. Le danger te menaçoit de près; les Anglais étoient à ta poursuite; la retraite étoit pour toi le seul moyen de salut; tu entends les cris d’une femme dans les douleurs ^e l’enfantement ; soudain tu fais retourner et arrêter tes guerriers ; tu braves tous les efforts de l’ennemi plutôt que d’abandonner, en lâche chevalier, une femme dans la détresse à des sol,-, dttts impitoyables. Voudrois-tu donc aujourd’hui refuser ton assistance à une fiancée opprimée et outragée , soutenir la perfidie de Ronald et m’imposer 1a loi de favoriser son inconstance ? J’en Atteste le Ciel ! si les sentiments terrestres qui émurent jadis mon cœur n’étpihnt pas tous im-

Page 1