XXVI II
JÊ
Cédant à une impulsion soudaine, le page s’élance vers le sein d’Isabelle ; puis, revenant à lui-* même, il baifse la tête au même instant, courbe le genou, baise deux fois la rpain de la princesse, se, relève et sort de la cellule. Isabelle interdite rougit et se montre irritée de cette hardiesse ; mais le bon roi Robert s’écrie : — Pardonne-lui, ma sœur,., mon page s’exprime par signes; il a entendu quel emploi je lui destine et il n’a pu retenir les transports de sa joie... Mais toi, chère Isabelle, réfléchis au choix que tu veux faire, et crois que je ne veiix point agir en tyran, né» pour te contraindre au don de ta main et de ton cœur, ni pour souffrir que Ronald outrage pour toi la fille de Lorn. Penses-y donc bien ; il n’y a pas long-temps encore que tu aimois à soupirer en secjret, et que les chants que tu préférois étoient toujours ceux d’une tendresse malheureuse. Aujourd’hui que te voilà libre , c’est lé cloître qui est l’objet de tous tes vœux. Ab ! s!* notre frère Edward connoissoit ce changement ,
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comme son humeur satirique trouvèrent un beau champ à s’exercer sur les caprices des femmes !
• ; xxix.
a — j-Mon frère, répondit Isabelle, je ne serois
pas surprise des sarcasmes d’Edward; bon, mais
franc. avec rudesse, il fut toujours ennemi de la . ‘ ✓ „ 1 # .
contrainte et des pensées rêveuses ; mais toi , tu
es, d’un autre caractère. Je te charge donc dé dire
à Ronald, répéta-t-elle, que, s’il ne dépose à mes
pieds l’anneau qui engagea sa liberté, il doit
s’abstenir de rechercher ma main : que cet anneau
soit volontairement rendu par Éditfi. Mais, quand
même il seroit affranchi du nœud qui l’enchaîne,
je ne promets point de préférer un époux à,
l’ombre du cloître. Adieu , mon frère, adieu pour
un temps ; la cloche m’appelle à d’autres devoirs.
x,xx.
La voilà perdue pour le monde, dit Bruce en quittant cette fille des rois. Quelle pierre précieuse sera ensevelie dans ce cloître! Hélas! c’est la main cruelle du malheur qui a détruit dans ce jeune Cœur les tendres sentiments de 1 amour?... Mais qu’ai -je à faire avec l’amour? «les soins ptys sérieux réclament mes pensées.
w4 LE to«D des îles.
- — Nous ne pouvons demeurer clans cette île ; d’ailleurs elle ne suffiroit bientôt plus à nos besoins : vis-à-vis, sur le continent, sont les tours de Turnberry qui attendent mes troupes. . . ite vieux chapelain de mon père, Cuthbert, q»i ha-' bite toujours ce rivage, ne pourroit-il pas m’a- 0* vertir, par la flamme d’un signal, de l’heure propice du départ ?... Espérons ; un ami fidèle lui portera mon message : c’est Edward qui trouvera le messager. Si une fois cette forteresse est en notre pouvoir, la flotte des Iles se réunira sur la côte de Carrick.
— O terre d’Écosse! pourrai -je enfin venger tes outrages dans un combat ; lever mon front victorieux, et voir la liberté rendue à tes collines et à tes vallons : ce spectacle de bonheur est tout ce que je demande au Ciel avant de mourir.
En prononçant ces paroles, il descendoit lentement le coteau, s’arrêtant souvent d’un air pensif. II arrive enfin au lieu champêtre où son armée avoit assis son camp.