‹ Œuvres complètes de sir Walter Scott. Tome premier soixantième Romans poétiquesChapitre 52 sur 124 · J ' XIX. ' " , V · texte numérisé non relu

J ' XIX. ' " , V

-Les ooursiers bondissent; on voit flotter les

panonceaux et les plumes ondoyantes; les chevaliers parcourent l’arène dans le brillant appareil des tournois. • „• v.' *

CHANT !f. 2 17

Le roi Arthur contemple en eux avec regret la

fleur de la chevalerie, le boulevard de la foi, le

. bouclier du royaume à l’heure du danger; trpp

• tard il réfléchit aux malheurs qui pourroient résulter de leur combat à outrance ; car il n’ignoroit pas qu’ils ne consentiroient à se séparer qu’après que la mort auroit glacé plus d’un cœur bouillant de courage : il commença à maudire son vœu téméraire , prit Gyneth à part, lui remit son sceptre , mais lui donna ces avis sévères et prudents :

♦ —Tu vois, ma fille, que, lié par ma promesse , je fais sonner les clairons pour annoncer le tournoi; reçois mon sceptre, comme reine et arbitre de ces joutes guerrières : mais écoute-moi bien.

• Si la beauté est l’astre vers lequel tout chevalier se tourne saps cesse; si au premier mot de sa bouche il tire l’épée, regardant ses louanges comme sa îplus douce récompense, il faut que la douce beauté n’exige jamais de la chevalerie des travaux inutiles et dangereux. Ses yeux doivent toujours-être cotnme ces astres gémeaux qui calment la mer •agitée ; et sa voix , par des paroles de paix, doitfaire

• cesser l’orage des batailles. Je te parle ainsi, ma fille, de peur que ces chevaliers ne changent ce tournoi en véritable guerre. Laisse-les s’élancèr

alO LES FIANÇAILLES DE TRIERMATN. t

ciefs barrières au sqn des clairons, et se rendre

coup pour- coup; ce ne sont point de jeunes novices qui sont'mis hors de combat pour un heaume brisé ou un cheval abattu : mais, Gyneth, quand la mêlée deviendra plus chaude ; qu’ils se mena- j cerorjt de la mort ou de blessures mortelles , loti père te supplie , ton roi te commande de baisser le sceptre que je remets en tes mains. Confie ta destinée à ton père; ne doute pas qu’il ne te choisisse un époux digne de toi, et ne permets pas, qu’on .djse que l’orgueil de Gyneth a enlevé un fleuron de la couronne d’Arthur. . '

-, La rougeur du dépit et de l’orgueil blessé colora le front de neige de Gyneth; sa main abandonna », lë sceptre paternel. ■ ‘ . • ■*

— 'Réserve tes dons ainsi limités, ô mon roi!

’• pour une femme d’un rang moins élevé que le ' mien , dit*elle. Il n’est pas un baron saxon qui n’estime plus son héritière que le roi de la Bretagne n’estime. Gyneth, quoique la fille du seigneur ; Xl , campagnard , basanée par le soleil, n’ait pour dot que le manoir de son père et un stérile rocher.’ .

Le roi Arthur a juré dans la vallée de Saint-Jean , par sa couronne et son épée , comme chevalier et comme maître de la Bretagne , que ses preux corpf 1

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CHANT If.

battroient un jour entier; ses preux, les plus -braves guerriers de l’univers! ,* f

Révoque ton serment, et pauvre Gyneth re :

,■ tournera dans sa vallée natale. La tache qui souille ton épée et ta couronne ne restera pas imprimée sur ta fille; ne pense pas qu’elle consente jamais à cesser d’être vierge, si elle 11e peut donner sa main au plus brave des chevaliers! La fille de Pendragon ne craindra ni le cliquetis des fers ni les éclats des lances; elle ne reculera pas de terreur à la vue du sang. La triste Guendolen lui a 1 trop bien fait connoître l’infidélité des hommes, pour que sa fille les plaigne quand ils réeoivent la récompense qu’ils méritent !

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