‹ Œuvres complètes de sir Walter Scott. Tome premier soixantième Romans poétiquesChapitre 53 sur 124 · XX 1 I · texte numérisé non relu

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Le vaillant monarque regarda sa fille avec un air de courroux, puis il soupira en disant : .

— J’accorde.,, ce que je nfe puis refuser; car' ni le danger, ni la crainte, ni la mort ne pourront forcer Arthur à violer sa promesse. Je m’aperçois trop tard que ta mère t’a légué son cœur, impitoyable. .. Je ne la blâme point; elle avoit des torts à venger : mais mes fautes doivent-elles être expiées par ces braves? Fais donc de mon sceptre l’usage que tu voudras ; je te jure que, si un seul de mes chevaliers perd la vie , Gyneth sera privée

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fie la place qu’elle devroit occuper dans mon, cœur, en qualité de fille d’Arthur.

Il dit, et détourne la tète, ne pouvant supporter l’orgUeil avec lequel Gyneth tient le sceptre élevé . dans sa main, comme l’arbitre de la vie et de la mort. Arthur n’osa pas regarder davantage ses braves chevaliers, qui s’avançoient en ordre dans., la lice; car le son de la troqapette affligea sot) oreille comme le glas de la cloche des funérailles. Ce fut la première fois que le héros breton détourna les yeux du spectacle des combats.

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Mais Gyneth entendit ces bruyantes fanfares avec la joie du faucon qui reconnoît le cri de là perdrix. Oh ! ne la blâmez pas ; le sang qui couloit dans ses veines avoit pris sa source dans un, cœur que la musique guerrière faisoit bondir avec transport.. . Et d’ailleurs l’œil de la femme la plùs ' timide auroit pn contempler un moment, sans émotion, le choc de ces braves chevaliers, tant leur adresse étoit grande pour porter les coups et les parer. Leur combat fut un spectaçle innocent tant que les cottes de mailles et l’acier résistèrent; l’arène étoit parsemée de plumes de toutes couleurs, que le vent faisoit voler çà et là; mais les corselets et les casques n’étoient point encore

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souillés de sang, comme si les panaches seuls dévoient souffrir de cette noble joute. A. mesure que l’action devient plus vive, la voix sonore des clairons devient plus animée; comrfle le chant aigu de l’alouette qui se mêle au murmure des brises d’avril , sous l’ombre mobile du bocage.

Bientôt ce jeu se change en véritable combat ; les lances font couler le sang, les épées font jaillir des flammes ; cavaliers et coursiers roulent sur lapoussière. . . pour ne plus se relever. L’appareil brillant du tournoi n’existe plus; les boucliers sont brisés , les heaumes bossues, les cottes de mailles déchirées, et les panonceaux teints de sang. Le désordre a détruit la symétrie qui flattoit l’œil; la force et le désespoir s’ouvrent un passage par des blessures mortelles : on ne mesure plus ses coups, et les clairons font entendre des sons semblables aux cris lugubres de l’oiseau de mer qui chante au-dessus de l’abîme l’hymne de mort du naufragé.

On eût dit, dans cette journée fatale, que ledestin *ouloit anticiper sur la ruine de Camlan , et épargner nn crime au sombre Mordred. Déjà

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vingt chevaliers de lar table ronde, l’élite -.de la chevalerie, étoient gisants sur le sable.

Dans sa douleur , Arthur arrache sa barbe blââche et? ses cheveux : l’orgueilleuse Gyneth eUe-méme éprouve une horreur involontaire et frémit de crainte et de pitié; mais il lui sembloit que l’ombre de sa mère, planant sufle tumulte, lui défendoit de faire cesser le carnage, et lui reprochoit les larmes qu’elle se sentoit près de verser.

Alors périrent Brunor, Tanlas, Mador, Hélias- Je-Blanc, Liouel, et maint brave champion. Bachçr mont, Djnadam, Ferrand de la Forêt -Noire sont étendus expirants dans la poussière ; Vanoc, poursuivi jusqu’aux gradins de l’amphithéâtre par lfe terrible Morolt ; le jeune Vanoc, dont un léger duvet protégeoit à peine le menton; Vanoc* fils de Merlin et cher à la gloire, va tomber presque aux pieds de Gyneth, dont les sandales furent rougies de son sang. Mais soudain le ciel se couvre ; un vent d’orage mugit, la terre tremble et s’en*tr’oüvre, et de son sein on voit sortir le terrible

magicien Merlin.

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