‹ Œuvres complètes de sir Walter Scott. Tome premier soixantième Romans poétiquesChapitre 63 sur 124 · IV · texte numérisé non relu

IV

Souvent De Vaux parcourt l’éminence enchantée,, gravit son sommet ou en fait le tour: tout ce qu’il peut découvrir, c’est que le groupe informe de ces masses , aperçu de loin , ressemble à une forteresse.

Cependant le güerrier dort rarement; ne prend qu’un repas frugal et ne boit que l’eau de la source; il se promène tout le jour sur la colline, ^ et quand la bise du soir refroidit l’air, il cherche un asile dans une grotte rocailleuse; tel qu’un pauvre ermite, il y répète son rosaire, son ave, son credo, et invoque tous les saints pour qu’ils daignent rompre le charme qui s’oppose à ses audacieux projets.-

Mais la lune a caché son disque réduit à lin fil argenté qui flotte obscurément au milieu du ciel . pendant que les nuages de la nuit , poursuivis par le vent des orages , passent avec rapidité sur son

Dïi i I: Cii )glc

CIJAPîT IIJ. 2 3 q

pâle croissant. Le ruisseau gronde et fuit impétueux , car la pluie a grossi les sources des montagnes qui vomissent des torrents dévastateurs : le tonnerre mugit dans le lointain , et souvent l’éclair traverse la vallée avec ses flammes bleuâtres. De Vaux s’étoit retiré dans la grotte (aucun mortel n’eût osé braver l’orage); il livrait son âme à de tristes méditations , jusqu’à ce que , assoupi par le murmure sourd du torrent et le sifflement mélancolique de la bise, il sentit succéder à sa rêverie un sommeil interrompu.

Ce fut alors qu’il entendit un son lugubre... Bruit étrange et effrayant au milieu d’un désert dont les seuls habitants étoient le daim et le coq de bruyère !

Roland se réveille et tressaille, il entend de nouveau ce bruit solennel et mesuré qui se répète onze fois, comme la voix d’airain d’une orgueilleuse cathédrale, ou le tocsin d’une cité.

Quelle fut la première impression que produisit ce bruit sur Roland, dans cette solitude? Je serais désolé de médire d’une guerrier, mais je dois être fidèle à ma franchise de ménestrel : sa première pensée fut une pensée de crainte.

ll\0 LES FIANÇAILLES DE TRIERMAIN.

ÊË L . .

'fl

Cependant un mélange d’émotions plus généreuses succéda bientôt à ce frémissement passager; Roland se sentit animé par le vif désir de l’amour, l’ardente espérance, la noble valeur, et ce fier enthousiasme de chevalerie qui brûle d’affronter le péril.

Le guerrier s’élança de la grotte long-temps avant qu’eût expiré la voix des échos qui répétèrent le son étrange qu’il venoit d’entendre. Ce son s’étoit prolongé au loin , de précipice en précipice , depuis Glaramara et le pic de Grisdale , jusqu’aux hauteurs du Legbert et aux vallons de Derwent.

vin.

Assourdi et frappé de surprise, le chevalier fixa ses regards sur l’impénétrable obscurité de la nuit, jusqu’à ce que le silence ne fût plus troublé que par le mugissement monotone du torrent et la voix de la brise.

Soudain du côté du nord une lumière brilla à l’horizon comme un trait de flamme, et un météore roula lentement sou orbe de feu sur la cime du Legbert, comme s’il eût été dirigé par une impulsion magique. On auroit pu croire qu’un fa-

Page 1