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CHANT III. ï(\\
rouche démon s’avanroit sur ce char enflammé pour accomplir un funeste message. Une funèbre clarté se répandit sur la vallée, les touffes des arbres, la montagne, le torrent, les fragments suspendus du rocher et la bruyante cascade. La perspective du tableau étoit étendue, maisaltérée; une teinte de sang paroissoit nuancer le noir rocher, l’onde argentée du ruisseau, et même l’aimable verdure du bocage.
De Vaux avoit vu les derniers rayons du soleil couchant se poser' la veille sur le sommet de l’éminence enchantée. Il n’avoit distingué que des rochers épars dont les masses effroyables étoient suspendues sur les flots mugissants. Que voit-il à la lueur de ce météore?.. Un château couronné de bannières, un donjon, une tour, des arcs-boutants, des murs crénelés jettent leurs ombres sur l’onde rapide.
Ce n’est pas une illusion; De Vaux remarque les meurtrières et les parapets pendant que le météore s’arrête momentanément sur l’édifice; mais le météore continue sa marche solennelle , et à mesure qu’il s’éloigne ces sombres remparts disparoissent peu à peu.
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a4‘J LES FIANÇAILLES DE TRIER MAIN.
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Roland s’élance de la grotte à travers les rochers et le torrent, les ronces et les buissons; mais il étoit à peine à la moitié de sa course que cette lumière miraculeuse s’étoit éclipsée derrière les montagnes, et qu’une nuit profonde régnoit sur le vallon. *
Forcé de s’arrêter, il sonna du cor : des fanfares guerrières lui répondirent de la montagne, semblables à celles qui précèdent la ronde nocturne que font les gardes d’une citadelle. Le vaillant chevalier de Triermain répéta son défi; mais plus de réponse : égaré an milieu du vent et de la pluie , ce fut en vain qu’il chercha dans les ténèbres le sentier du vallon , jusqu’au retour de l’aurore. Alors ce château merveilleux qu’il avoit vu distinctement à la clarté du météore avoit disparu ; l’éminence enchantée n’offroit plus qu’un amas de rochers comme la veille.
Obstiné à terminer l’aventure, le cœur de Roland dédaigne d’y renoncer : mais il parcourt de nouveau le vallon; il ne voit plus que les rochers, il n’entend plus que la voix du torrent. Enfin
CHANT III. '
lorsque la lune, errant clans les sentiers azurés du Ciel, eut renouvelé son croissant d’argent, et au moment où ses rayons pâlissoient devant l’aurore, un léger brouillard se forma tout à coup. Les vapeurs flottent dans le vallon , entourent la base de la montagne comme d’une onde aérienne, et, s’élevant peu à peu, en voilent entièrement la masse isolée. On eût cru voir un rideau de gaze tiré par le caprice d’une fée sur un édifice magique.
La brise glissa doucement sur le ruisseau , et son souffle, agitant ce voile de vapeurs argentées, offrit au chevalier le spectacle qui avoit, une première fois, frappé ses yeux impatients : quoique la brise fut bravée d’abord par la vapeur rebelle , cependant elle faisoit onduler son humide manteau , dont les plis entr’ouverts laissoient aper- ' cevoir obscurément des tours, des bastions et des créneaux gothiques.
Hâte-toi, hâte-toi, chevalier, avant que cette vision passagère ne s’évanouisse comme la première fois. , „
Roland a toute la vitesse du coursier qui entend résonner le cor et se voit précédé par la meute du chasseur.
Aussi rapide que le trait de l’archer, il se plonge
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dans le vallon ; maisavant d’avoir pu atteindre la montagne, les rochers ont repris leurs formes , et les esprits du lieu se moquent de ses vains tra-r vaux; leur rire étrange lui est renvoyé par les échos voisins.