‹ Œuvres complètes de sir Walter Scott. Tome premier soixantième Romans poétiquesChapitre 68 sur 124 · XX · texte numérisé non relu

XX

Oh! que n’a-t-il ses armes! jamais chevalier en eut-il un si grand besoin? Il voit une longue galerie de marbre blanc, où, par un bizarre contraste, de chaque côté de la muraille étoient quatre filles de l’Afrique qui conduisoient , chacune d’elles, un tigre de Lybie par un fil aussi mince et aussi brillant qu’un cheveu d’or de ma Lucy. Le vêtement africain de ces noires vierges laissoit à découvert leurs genoux, leur gorge et leurs bras arrondis.' Un turban blanc leur ceignoit le front; leurs bras et leurs jambes étoient ornés de bracelets d’or; un carquois pendoit sur leurs épaules, et leur main étoit armée d’une zagaie.

Elles demeuroient immobiles , et observoient un si profond silence que Roland espéra d’abord que ses yeux n’apercevoient qu’un groupe de statues destinées à servir d’épouvantail ; mais dès qu’il essaya d’ouvrir le guichet, les tigres commencèrent à rouler leurs yeux farouches, à étendre leurs pattes, à flairer l’air et à lécher leur gueule, tandis que les Africaines chantèrent en langage moresque cet avis menaçant :

a5o LES FI ANf AILLES DE TRIER MAU*.

* ' XXI. v 4

— Téméraire «aventurier, retourne sur tes pas’; redoute le charme de Dahomay, redoute la race de Sahara, les filles d’un climat brûlant.

i ikjBF ,5»

— Quand le vent de l’orage tourbillonne, nous commençons nos danses ; les sables de Zârah s’élèvent en colonnes mouvantes, et suivent la mesure de nos pas ; à notre signal la lune.a revêtu son manteau, les étoiles sont tçintes de sang, et la voix du lugubre Siroc fait entendre la musique

que nous préférons. V ‘ '

• y'fyr .§■ * ;

— Là où des colonnes éparses indiquent le lieu où fut Carthage , si le santon voyageur '■vient à être témoin de nos rites mystérieux , if répète la prière de la mort, prédit la ruine des nations ,♦ ani^ohce qu’Azraël a tiré son glaive du fourreau , et s’écrie : Musulmans , pensez à la tombe.

jf '■& '■ '* -,

— C’est à nousqu’appartiennénfle scorpion, le serpent , l’hydre du marécage, le tigre du dé'sert , et tous tes fléaux qui affligent les fils deB hommes; c’est nous qui dirigeons de souffle dévastateur de la tempête- nocturne, et la pesté

qui exerce ses fureurs pendant le jour : redoute-

. 'v ciiant iti. ». a5i

lg race de Sahara, redoute le charme de Dahomay. 7 * * \ r ~ ♦

« Ce» accords perçants résonnèrent d’une manière étrange sous les voûtes dont les échos les prolongèrent au Idin. Le chevalier dit fn lui-même :

: Quand j’entrepris cette aventure, je jurai

sur la Cçpix de ne pas m’arrêter quel qu’en fût le spccès. Je vois bien que je me trouve entre deux fatales extrémités ; quel espoir de lutter $veç ma sççle épée contre des tigres et des esprits ? mais sye recule, je n’ai, de l’autre côté, que la famine et le cruel désespoir.* Puisque partout la moi$ m’attend ? je ne <|ois pas être indécis sur le -choix que je puis faire. Devant moi sont l’honneur, et la gloire; derrière, le parjurent la honte : je séfai fidèle à mdjrj serment. .hj;

A ces mots U tire sa. bonne épée , détache une bannière des parois de la voûte, et entre dans la redoutable galerie. ■■ -.t •

Les Africaines agitent leurs bras en poussant de sauvages clameurs; deux tigres s’élancent. Roland jette à l’un sa bannière pour que l’animal consume les efforts de sa rage contre ses plis flot-

Ii ES FIANÇAILLES DE ‘tRIEHWAIW.

tants , pendant qoe le chevalier frappe l’autre si heureusement , que la lame de son glaive lui traverse la gorge et les vertèbres du cou. Les autres tigres le menacent de leur griffes en rugissant; riùais'il Suffit aux Africaines pour les retenir du ftfger fil qui leur sert de laisse. Roland poursuit sa #oute au milieu d’euf avec assurance, mais avec vitesse toutefois. Il arrive à l’extrémité de,la galerie , franchit une seconde porte , et lorsqu’il en ferma les battants sur lui, je vous laisse à penser si les voéftes en retentireht. A ce bruit se, mêlèrent, les rugissements des tigres, et les clameurs des Africaines qui firent entendre cette espèce éc chant de triomphe et d’adieu :

*' • tr . ' '

' i /* .. * xxiv. i ’• ’ '

— Hurra ! Hi|rra ! notre Veille est terminée; nous allons saluer de nouveau le soleil des tropiques; ,pâles rayons des jours du Nord , adieu , adieu ; hurra! hurral * '.>•

— Pendant cinq siècles votre pâle soleil a fait le tour de l’horizon dans cette froide vallée; jamais le pied d’un mortel n’avoit osé traverser la salle de la peur. , , 1

—Guerrier ! toi, donrle cœur intrépide nous dé-

çhant iiu , . a 5-3

livre de notre tâche, sois aussi heureux dans les .autres épreuves , où un refus doit être ta résistance.

' ■ , . / • / < •• • ■ Tk«

— Allons revoir le ciel brûlant de l’Afrique , le vaste Zwenga; le sublime Atlas, Sahara et D»

homay !... montons sur les vents... hurra! hurra!

Page 1