‹ Œuvres complètes de sir Walter Scott. Tome premier soixantième Romans poétiquesChapitre 89 sur 124 · XXXVIII · texte numérisé non relu

XXXVIII

( Son front soucieux portoit une couronne de fer, digne diadème d’un cœur comme le sien , qui jamais n’accorda, rien aux remords, à la pitié et à la honte : élevé dans les rangs des soldats , il croyoit que la gloire du guerrier pouvoit être fière d’une guirlande conquise dans les batailles, quoique son nom ne fût consacré ni par la loyauté ni par l’honneur. Placé sur un trône par la fortune, il se soucioit peu de la bonne foi des monarques et de la voix royale de la clémence.

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II naquit dans une île sauvage : l’étincelle qui, échappée du foyer d’une cabane, embrase peu à peu une ville entière, n’a pas une origine plus vile et plus basse ; et quant à l’àme qui anima ce

fléau de la terre : elle n’a pas une source plus

corrompue et plus impure, cette noire inçndation qui , sortie d’un fétide marécage , corrompt les germes des moissons et se rend fameuse par la fapiine qu’elle cause. • •

LA VISlÔW

Devant cë chef marchoit à grands pas le fan- ' tome d’une femme qui portoit une 'torche semblable à un météore avec laquelle elle le guidoit

à. travers les orages de la guerre ; Rodrigue le vit

renverser tout ce qui s opposoit a son passage , sans craindre ni même remarquer ce qu’il écra- • soit sous ses pieds. Chaque fois que le fantôme secouoit sa torche , des royaumes ne pouvoient rassasier son orgueil ni le sang désaltérer sa soif ; ce fantôme étoit l’Ambition , entourée de toutes ses terreurs, et qui ne daignoit plus commejadis revêtir une forme séduisante.

Uue vengeance vnlgaire n’est plus indigne de ses projets 4 elle ^épargne plus un -ennemi vaincu, comme lorsque, pour changer les destins de Rome antique, elle traversa le Rubicôn à* côté de César ; ce n’est pins son bonheur de répandre en largesses les dépouilles qui ornent* son triomphe , comme lorsque les guerriers' de la Grèce se virent réunis sous les drapeaux du jeune roi de Macédoine ; son nouveau favori ne lui demande aucun masque qui la déguise,. il .a ^

DE DOW RODRIGUE

vu les traits hideux du fantôme , et l’a aimé dans

sa nudité.

Le prélat contemple ses bannières représentant des victoires remportées sous de lointains climats, et lés aigles victorieux qui le précèdent.

— Espères-tu donc, dit-il, que ta puissance sera durable?.» tu as semé sur le sable, et tu l’as arrosé avec le sang du carnage. Sache, cruel fléau envoyé par l’Éternel , que les arbres qu’une telle pluie a humectés périront avant de fleurir, et que l’homme de sang périra d’une mort sanglante.

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