‹ Œuvres Completes de Sir Walter Scott, Vie de Napoleon Buonaparte (volume 2)Chapitre 10 sur 51 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ce fut sous de tels auspices que la négocitionfut entamée. L’envoyé anglais, M. Jackson, était chargé de remplir auprès du prince royal une tâche très délicate , celle de lui représenter que l’Angleterre attendait de Son Altesse qu’elle expliquât ses sentimens d’une manière non équivoque, et déclarât son option entre elle et la . France. Une condition désagréable était ajoutée à cette demande ; c’était que , pour rendre plus certaine toute protestation d’amitié ou de neutralité , il fallait que la flotte danoise et son matériel fussent livrés à l’Angleterre , non pas à titre de propriété, mais bien pour être remis au Danemarck lorsque l’état des affaires, qui la forçait à exiger de telles sûretés , aurait fait place à des circonstances plus pacifiques. L’alliance la plus étroite , et toute la protection que la Grande-Bretagne pouvait accorder, furent promises afin d’obtenir que le prince accédât à ces propositions; enfin, on lui fit entendre que les forces que l’Angleterre déployait contre le Danemarck lui serviraient d’excuse envers la France, s’il voulait les faire valoir pour prouver qu’il avait été forcé de se soumettre aux demandes de la Grande-Bretagne ; mais en même temps on lui intimait que ces mêmes forces allaient être employées contre lui en cas de refus.

D’après les formes ordinaires de la politique des nations à l’égard les unes des autres, de telles réquisitions , de la part de 1’Angleterrc envers le Danemarek , auraient été dures et sans excuse ; mais les circonstances présentes lui servaient de justification. La position de l’Angleterre était alors celle d’un individu qui , menacé de l’approche des forces supérieures d’un ennemi mortel , voit près de lui un homme en armes dont il a raison de se méfier, puisque déjà, dans deux occasions, cet homme s’est ligué contre lui, et que tout lui prouve qu’il est prêt à le trahir une troisième. Certainement , dans une telle circonstance, l’individu ainsi menacé aurait tout droit d’exiger que ce tiers parti déclarât ses intentions, et , s’il en avait la force, il pourrait même lui enlever ses armes et les retenir comme le meilleur garant de sa neutralité.

Bien qu’on puisse admettre ce raisonnement pour justifier les demandes de l’Angleterre , nous ne sommes pas surpris qu’il n’ait pas suffi pour déterminer le roi de Danemarek ‘ . Il y avait quelque chose de honteux pour le prince

1 Cependant ce prince aurait dû comprendre V humanité de l’Angleterre prouvée par le nombre de ses vaisseaux.

{Édit.)

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