CHAPITRE I. ig
un article favorable au système continental , et les ministres reçurent d’ailleurs , sur ce sujet, les informations les plus positives. En effet , l’empereur Alexandre avait montré , par plusieurs indices, que dans la nouvelle alliance qu’il avait formée avec l’empereur de l’Europe orientale il était prêt à épouser son ressentiment et ses projets hostiles contre l’Angleterre. On ne pouvait guère espérer que l’infortuné Gustave de Suède entrât volontairement dans l’alliance projetée des puissances du Nord, et sa ruine était probablement résolue; mais l’accession du Danemarck était de la plus grande importance. Cette puissance possédait encore une flotte , et l’île de Zélande , par sa situation , la rendait maîtresse de la Baltique. Sa faiblesse reconnue ne lui permettait pas de résister un moment à l’influence réunie de la Russie et de la France , alors même . que le fâcheux souvenir de la destruction de sa flotte par Nelson ne fut pas venu se joindre à ses inclinations pour la faire pencher de ce côté : il était évident qu’on ne permettrait au Danemarck de garder la neutralité que jusqu’au moment où il conviendrait aux puissances coalisées de lui faire prendre les armes. Dans cette persuasion , et voyant que les troupes françaises s’approchaient du Holstein, du Jutland et de la F ionie , le gouvernement anglais , agissant d’après
20 VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE, les renseignemens qu’il avait obtenus sur les desseins de l’ennemi , se crut en droit d’exiger du Danemarck un gage de la conduite qu’il se proposait de tenir lors des premières hostilités, et une sûreté raisonnable que ce gage une fois donné ne serait pas légèrement abandonné.
U ne expédition formidable fut préparée alors , et , par humanité 1 aussi-bien que par politique, on la rendit assez imposante pour que la résistance que les Danois, peuple courageux et fier, pourraient opposer à une façon aussi dure, de la part de l’Angleterre , d’exposer ses griefs , devînt tout-à-fait impossible. Vingt -sept bâlimens de guerre et vingt mille hommes de troupes furent envoyés dans la Baltique , sous les ordres de lord Cathcart, pour appuyer la négociation avec le Danemarck , que l’on espérait encore pouvoir terminer sans le secours des armes. La flotte fut conduite avec beaucoup d’habileté à travers les écueils du Belt, et fut disposée de manière que quatre-vingtdix voiles suffirent pour bloquer les rivages de la Zélande.
' A ce compte, Buonaparte avec ses armées imposantes par le nombre, était encore plus humain que l’Angleterre. {Édit.)