CHAPITRE I
nations, et les avertit que si, lorsqu’elles prendraient le caractère de la neutralité , elles prêtaient leur secret appui ' aux ennemis de la Grande - Bretagne , elles ne pouvaient espérer de le faire avec impunité. Ce ne fut p'as un faible embarras pour les petites puissances dont la plupart auraient bien voulu se contenter d’observer une stricte neutralité , si elles n’eussent point été menacées et influencées par la France contre qui elles n’avaient aucun moyen de se défendre ; mais la querelle terrible de deux nations telles que la France et l’Angleterre est comme un combat de géans , dans lequel les hommes faibles et de petite stature qui se trouvent à leur portée, sont renversés et foulés aux pieds par l’un des deux partis ou par l’un et par l’autre.
L’extrcme ressentiment qu’exprima Buonaparte en apprenant cette mesure critique et décisive, attesta combien était vifsondésappointement de voir ses projets si inopinément prévenus. Il lui resta pour toute consolation de consigner dans le Moniteur ses récriminations contre la Grande-Bretagne; et la
1 Encore fallait-il prouver ce secret appui de la part du Danemarck. {Édit.)
26 VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE, violation de la paix et du droit des gens fut sérieusement reprochée aux Anglais comme un crime irrémissible par celui qui ne souffrit jamais que son respect pour sa propre parole ou la *bonne foi généralement observée entre les nations devînt un obstacle à ses désirs ou à ses intérêts.
La conduite de la Russie fut plus singulière. Un officier anglais, littérateur célèbre, fut employé par l’empereur Alexandre , ou par ceux que l’on pouvait supposer être ses plu3 intimes conseillers, à communiquer au ministère anglais l’expression de la secrète satisfaction qu’éprouvait l’Empereur de l’habileté et de la dextérité qu’avait déployées la Grande-Bretagne , en devançant et prévenant les projets de la France par son attaque contre Copenhague.
Les ministres anglais furent invités à communiquer franchement avec le Czar, comme avec un prince qui, quoique obligé de céder aux circonstances , n’en était pas moins plus attaché que jamais à la cause de l’indépendance européenne. Ainsi engagé à s’expliquer, le ministère anglais développa ses vues pour contrebalancer le pouvoir exorbitant de la France , par une confédération du Nord qui prendrait un caractère offensif et défensif. On supposait