‹ Œuvres Completes de Sir Walter Scott, Vie de Napoleon Buonaparte (volume 2)Chapitre 16 sur 51 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pendant cette longue période de la révolution , avaient été les victimes de la cruauté , de la rapacité et de la tyrannie la plus extravagante , rendue plus odieuse encore par le prétexte de la liberté.

Nous avons souvent fait remarquer l’importance du premier de ces deux mobiles du gouvernement de Buonaparte, et l’attention doit s’y reporter toutes les fois que l’on traitera des causes de son influence sur l’esprit public. Il en donna lui-même la solution en peu de mots, lorsque, censurant l’incapacité des Directeurs auxquels il succédait, il dit : « Ces hommes ne savent pas travailler l’imagination de la nation française. «Cettepensée, dontla phraséologie est plus italienne que française , exprime le grand secret de l’autorité de Napoléon. Il s’annonçait luimême comme l’homme duquel les destinées de la France dépendaient; comme celui qui avait fait jouir cette nation de la gloire de cent victoires décisives. C’était lui dont l’épée , détruisant les obstacles que les monarques les plus vaillans dont se glorifie la France avaient crus insurmontables , lui avait frayé le chemin vers cette suprématie qu’on ne pouvait alors lui refuser sur les autres puissances européennes.

Seul il pouvait justement prétendre a être le

Vib db N ap. Buon. Tome 6. 3

34 VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE, monarque absolu de la France, celui qui, la retirant d’une condition périlleuse , avait calmé ses discordes, réconcilié ses factions, changé ses défaites en triomphes , et au moment où elle allait devenir la proie des guerres civiles et extérieures , l’avait, élevée au rang de peuple-roi de l’Europe. Toutes ces choses avaient été exécutées à une seule condition ; et , comme nous l’avons dit précédemment , c’était la même que le tentateur offrit au Christ dans le désert après lui avoir orgueilleusement montré la vaste étendue de tous les royaumes de la terre. «Je vous donnerai toutes ces choses , si , vous agenouillant , vous voulez m’adorer. »

Napoléon avait rempli cette superbe promesse qui flattfdt un peuple plus jaloux de la gloire que de la liberté , et que le récit de ses conquêtes en pays étranger charmait bien davantage que la liberté de penser et d’agir ; ce peuple sacrifia ainsi sans regret ses intérêts les plus chers à sa vanité.

Buonaparte en profita, ou, pour nous exprimer comme lui, il travailla l’imagination des Français. Il leur donna des fêtes publiques, des victoires et de vastes provinces ; et , en retour, il réclama le droit d’emmener leurs enfans par essaims périodiques à des conquêtes toujours de plus en plus éloignées, avec celui de gouverner,

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