‹ Œuvres Completes de Sir Walter Scott, Vie de Napoleon Buonaparte (volume 2)Chapitre 17 sur 51 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

suivant son bon plaisir, la masse de la nation qui restait dans ses foyers.

Afin de parvenir à ce but , on substitua graduellement et avec adresse une espèce d’idolâtrie à une autre; et si l’objet de l’adoration publique changea, le culte resta le même. La France était gouvernée naguère par des maximes politiques ; elle l’était alors par le nom d’un homme : auparavant la république était tout ; La Fayette , Dumouriez ou Pichegru n’étaient rien. Maintenant le nom d’un général heureux avait une plus grande influence que le Code entier des droits de l’homme. La France s’était soumise aux meurtres , à la spoÜation , aux tribunaux révolutionnaires, et à toutes les formes qu’avaient empruntées la cruauté et l’oppression , pourvu qu’elles fussent décorées de ces paroles magiques : « Liberté et égalité ! fraternité et bien public ! bonheur du peuple ! » Elle se montra également docile lorsque le mot d’ordre fut : « l’honneur de sa majesté impériale et royale ! les intérêts du grand empire ! l’éclat du trône impérial ! » Il faut convenir que les sacrifices qui furent exigés sous cette dernière formule étaient moins énormes; ils furent limités aux taxes imposées selon la volonté impériale, et à une conscription constamment anticipée.

Les tyrans républicains réclamaient à la fois la

36 vie" de napoléon buonaparte.

vie et la propriété des citoyens , l’Empereur se contenta de la dîme de leur fortune , et de la disposition libre de cette portion des familles qui était la plus propre à supporter le poids des armes et k augmenter les conquêtes de la France ' ; telles furent les conditions auxquelles ce pays, si long -temps troublé, obtint enfin, après sa révolution, les avantages d’un gouvernement stable et réel.

Le caractère de ce gouvernement, ses moyens et ses principes d’action , doivent être ici brièvement retracés.

On ne peut avoir oublié que Buonaparte , héritier de la révolution , s’appropria les formes et les modifications du gouvernement directorial , telles que les avait altérées , sous quelques rapports , l’esprit de Sieyès ; mais elles ne subsistèrent que comme formes, et furent privées de toute impulsion réelle dans l’administration. Les membres du Sénat et des Corps Législatifs devinrent des créatures passives, pensionnées par l’Empereur , dociles à ses moindres volontés ; les intermédiaires de la promulgation des lois qu’il voulait établir. Le Tribunat avait

1 C’était ce qu’on appelait le superflu de la population : il faut convenir aussi que le charme ne fut pas aussi complet que l’auteur veut bien le dire, (Edit.)

Page 1