CHAPITRE H. 4l
conseiller d’État. Dans les disputes qui éclatèrent entre le Pape et Buonaparte , un parent du ministre fut accusé d’avoir fait circuler les bulles ou admonitions spirituelles du Saint-Père, et Portalis avait négligé d’en rendre compte à l’Empereur; sur quoi Napoléon , en plein conseil, attaqua Portalis dans les termes lesplussévères , et l’accusant d’avoir manqué à son serment comme ministre et comme conseiller d’État , le priva de ses emplois et le chassa du conseil pour avoir trahi son souverain 1 . Si quelqu’un des membres du Conseil d’État eût hasardé, lorsque cette sentence frappa son oreille , de s’interposer entre le dragon et sa colère pour dire qu’une accusation précipitée ne devait pas être suivie d’une censure et d’une punition immédiate ; qu’il était possible que M. Portalis eût été trompé par de fausses informations , ou entraîné par le désir naturel de cacher l’offense de son parent ; enfin que sa conduite pouvait avoir été influencée par des motifs religieux , qui , s’ils étaient erronés , étaient du moins sincères et consciencieux ; alors nous pourrions
* L’auteur a confondu ici le comte Portalis , ministre des cultes , avec monsieur son fils , aujourd’hui pair de France. Ce fut ce dernier qui éprouva la disgrâce de l’Empereur ; il n’avait été appelé au Conseil d’État qu’apres la mort de son père. {Édit.)
4a VIE DE NAPOLÉON BUONAPARTE.
croire que le Conseil d’État de Buonaparte formait véritablement un corps dans lequel un citoyen accusé trouvait quelque protection contre le despotisme du gouvernement : mais à quelle époque et dans quel pays les libertés publiques pourraient-elles jamais être confiées à la garde des conseillers immédiats du trône ? Elles ne sauraient trouver un vrai refuge que dans un corps dont l’autorité émane directement de la nation, et qui reçoit de cette même nation le soutien et la protection nécessaire k l’existence de son droit de remontrance et d’opposition.
Les délibérations du Conseil d’État. ou les résolutions que Buonaparte adoptait sans les lui communiquer ( car on peut aisément supposer que les membres de ce conseil n’étaient pas admis à la discussion de ses secrets politiques), étaient , comme chez les autres nations , fixées et exécutées par le ministère ostensible.
L’une des parties de l’organisation du gouvernement impérial dont Buonaparte se glorifiait le plus, fut l’établissement des préfectures , qui lui donnèrent certainement la facilité de • former l’agence de despotisme la plus efficace qui eût jamais existé. On ne saurait se méprendre sur l’objet et la tendance de cette organisation, puisque Buonaparte et ses plus