‹ Œuvres Completes de Sir Walter Scott, Vie de Napoleon Buonaparte (volume 2)Chapitre 21 sur 51 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

grands adversaires , dans le portrait qu’ils en font, la citent également, l’un à l’admiration du monde entier, les autres k sa censure. Chaque préfet devait être gouverneur suprême d’un département , ce qui répondait aux anciennes charges de lieutenant du Roi, de gouverneurs de province ; ils représentaient la personne impériale dans toute l’étendue de leurs préfectures : on avait bien soin de choisir les individus destinés k ces fonctions parmi ceux qu’on voulait gagner ou récompenser ; ils recevaient des salaires considérables et quelquefois même exorbitans, quelques uns montant jusqu’à quinze , vingt , et même trente mille francs. Napoléon prétendait que cette dépense était la conséquence de la corruption qui le forçait de s’attacher les hommes par leurs intérêts plutôt que par leurs devoirs. Ses ennemis disaient que cette profusion était l’un des principaux mobiles d’un gouvernement qui traitait le bieil public de chimère, et qui consacrait l’intérêt personnel en établissant comme règle première que l’État devait être servi par des fonctionnaires capables. Les préfets étaient généralement choisis parmi les hommes qui, par leur naissance et leur condition , n’avaient aucun rapport direct avec le département qu’ils allaient administrer ; car un motif principal de

la politique de Napoléon était de les dépayser. Ils dépendaient entièrement de l’Empereur, qui pouvait à sa volonté les déplacer ou les casser : l’administration des départemens était confiée à ces importans fonctionnaires.

« Les préfets , dit Napoléon , avec toute l’autorité et les ressources locales dont ils se trouvaient investis , étaient eux-mêmes des empereurs au petit pied ; et comme ils n’avaient de force que par l’impulsion première dont ils n’étaient que les organes ; que toute leur influence ne dérivait que de leur emploi du moment; qu’ils n’en avaient point de personnelle; qu’ils ne tenaient nullement au sol qu’ils régissaient , ils avaient tous les avantages des anciens grands agens absolus , sans aucun de leurs inconvéniens. 1 » C’était au moyen des préfets , que le mouvement donné par le centre du gouvernement, se communiquait rapidement aux extrémités de l’empire , et que l’influence de la couronne et l’exécution de ses coinmandeinens étaient transmises, comme par magie, à quarante millions d’habitans. Il paraît que Napoléon, en décrivant avec complaisance pour lui - même ce terrible instrument d’un pouvoir illûnité , sentait qu’il pourrait bien ne

1 Mvmorial de Sai/itc- Hélène , clc. , tome vu.

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