‹ Œuvres Completes de Sir Walter Scott, Vie de Napoleon Buonaparte (volume 2)Chapitre 22 sur 51 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pas être en harmonie avec les opinions des partisans des institutions libérales , dont aux portes de la tombe il crut devoir rechercher l’approbation. « Il avait bien fallu créer toute cette puissance , disait -il ; je me trouvais dictateur. La force des circonstances le voulait ainsi ; il fallait donc que tous les filamens issus de moi fussent en harmonie avec la cause première , sous peine de manquer le résultat. Le réseau gouvernant dont je couvris le sol requérait une furieuse tension, une prodigieuse force d’élasticité si l’on voulait faire rebondir au loin les terribles coups qu’on nous ajustait sans cesse. ' » Sa défense se réduit à ceci : « Les hommes de mon temps aimaient avec extravagance le pouvoir , et étaient excessivement attachés aux emplois et à la richesse. Je dus les gagner à force de places et de pensions , pour qu’ils devinssent mes agens; mais j’élevais la génération suivante de façon qu’elle eût été guidée par des motifs plus honorables. Mon fils eût été entouré de jeunes gens sensibles à l’influence de la justice, de l’honneur, de la vertu; et ceux qui eussent été appelés à remplir un devoir public eussent considéré une telle confiance comme la récompense de leur conduite. »

1 Mémorial de Sainte-Hélène , etc. , tome vit.

La liberté de la France fut donc ajournée jusqu’au retour de l’àge d’or, où les honneurs personnels et la richesse devaient cesser d’avoir aucune influence sur l’humanité régénérée. En attendant , la France eut la dictature et les préfets.

\2 impulsion, suivant l’expression de Napoléon , que la couronne donnait k ses agens subordonnés, et qui les faisait agir dans leurs départemens , avait souvent heu au moyen d’une lettré circulaire ou d’une proclamation qui les instruisait de la mesure particulière que le gouvernement voulait imposer. Ces lettres étaient signées par le ministre au département duquel appartenait l’affaire, et elles se terminaient par une injonction au préfet de montrer, par son activité, son zèle pour l’Empereur et pour les intérêts de la couronne. Ainsi invoqué , le préfet transmettait l’ordre aux souspréfets et aux maires des communes de son département , qui , stimulés par les mêmes motifs qui avaient agi sur leur supérieur, s’efforçaient à l’envi de se distinguer par une active condescendance à la volonté de l’Empereur, et de mériter un rapport favorable en se montrant les agens empressés et soumis de ses moindres désirs.

Outre cela, le devoir des préfets était de

Page 1