‹ Œuvres Completes de Sir Walter Scott, Vie de Napoleon Buonaparte (volume 2)Chapitre 23 sur 51 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

s’assurer si les honneurs étaient exactement rendus au chef de l’Etat dans les cérémonies publiques , et de rappeler aux autorités municipales la nécessité de faire , dans certaines occasions , des adresses au gouvernement dans lesquelles ils déclaraient leur admiration pour les talens de l’Empereur, et leur dévoûment à sa personne. Ces effusions étaient soigneusement consignées dans le Moniteur, qui, si on voulait les y chercher, nous offrirait les modèles les plus extraordinaires de rédaction que les annales de la flatterie puissent jamais produire. Il suffit de dire qu’un maire, que nous croyons être celui d’Amiens, affirma, dans son extase de loyale admiration , que la Divinité, après avoir créé Buonaparte, avait dû se reposer comme après la création de l’univers 1 . De tels efforts d’imagination et de rhétorique peuvent paraître à la fois impies et ridicules , et l’on aurait pu penser qu’une personne de sens et de goût comme Napoléon les aurait contenus et même réprimés. Mais il savait bien de quelle influence était sur l’esprit public le son de ces louanges que l’exagération seule

1 Ce ne fut pas seulement un maire mais un préfet et un prélat qui trouxèrent cette excellente flagornerie. (Édit.)

48 VIE DE NAPOLÉON B UON APARTE, pouvait varier , puisqu’elles portaient toutes sur un même sujet. Les mêmes idées , présentées sous tant de formes diverses, produisent à la longue de l’effet sur une nation , surtout si aucune contradiction ne peut les atténuer.

Un uniforme qui paraîtrait ridicule, s’il n’était porté que par un individu seul , peut avoir un aspect imposant lorsque tout un régiment en est revêtu; et l’empirique dont les avis extravagans sont un sujet de moquerie lorsque nous les lisons pour la première fois , nous persuade souvent, à force de répéter ses propres louanges , d’essayer de sa médecine. Ceux à qui la calomnie est familière savent , suivant l’expression vulgaire, que, si vous jetez assez de boue sur quelqu’un, il en restera toujours un peu ; et agissant d’après le même principe , mais dans un but différent , Buonaparte était bien persuadé que la répétition de ses louanges dans ces adresses adulatrices finirait par faire impression sur la nation , et que l’on y ajouterait foi comme à l’expression de l’opinion publique.

Faber, écrivain trop passionné pour qu’on puisse lui accorder une confiance illimitée, a donné plusieurs exemples de l’ignorance des préfets , dont plusieurs , étant de vieux militaires , n’avaient pas les connaissances nécessaires pour remplir un emploi civil , et qui ,

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