‹ Œuvres Completes de Sir Walter Scott, Vie de Napoleon Buonaparte (volume 2)Chapitre 24 sur 51 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

transportés tous dès le principe dans une sphère d’action dont les circonstances locales leur étaient totalement étrangères , étaient par cela même exposés à se tromper. Mais on peut ajouter une foi entière k cet auteur, lorsqu’il dit qu’on ne saurait accuser les préfets de déprédation ou de rapine , et que ceux qui augmentèrent leur fortune pendant la durée de leurs fonctions, le firent en économisant sur le traitement qui leur était légitimement alloué.

Tels sont quelques uns des traits de l’administration provinciale de Buonaparte, dont tous les agens accomplissaient , sur tous les points de la France , les volontés du chef, sans rencontrer d’hésitation ou de contrôle. Toute cette machine administrative a été conservée , en grande partie , par le gouvernement royal , qui la trouva sûrement préférable aux changemens violens que la tentative de rétablir l’ancien ordre de choses ou de créer une nouvelle organisation aurait nécessairement occasionnés.

Un changement beaucoup plus important, et qui fut introduit par l’Empereur, quoiqu’il n’eût pas pris sa source dans son gouvernement, fut l’entier renouvellement des lois du royaume de France, par le code célèbre auquel Napo-

V i f. de Nu*- Buok. Tome 6. 4

5o VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE.

léon donna son nom, et dont ses admirateurs ont considéré l’exécution comme assurant à son auteur le droit d’être justement appelé le bienfaiteur du pays qu’il a gouverné. Bacon nous apprend , à la vérité , que lorsque l’on a entassé lois sur lois avec tant de confusion qu’il devient nécessaire de les réviser, et de recueillir leur esprit dans un système nouveau et intelligible , ceux qui accomplissent cette œuvre sont nommés, à bon droit, les législateurs et les bienfaiteurs du genre humain. On reprochait, avec raison, à la France, avant la révolution (et ce lut en effet un des grands vices qui contribuèrent à produire cet immense et violent changement), que les différentes provinces , les villes et les cantons inférieurs du royaume ayant été réunis , à différentes périodes , au corps de l’État, avaient conservé leurs lois et leurs usages particuliers : c’était un continuel sujet d’étonnement et d’ennui des voyageurs, en traversant la France , de trouver , dans plusieurs cas importans , que le système et le caractère des lois auxquelles ils devaient s’assujettir changeaient aussi souvent qu’ils changeaient eux-mêmes de chevaux de poste. Cette bizarre incohérence des lois et cette subdivision des juridictions étaient une source d’inconvéniens pour les sujets plus spécialement lorsque

les cantons étant peu étendus, les autorités locales n’avaient ni expérience ni caractère suffisant pour exercer les fonctions qui leur étaient confiées.

On avait long-temps senti les maux qui résultaient d’un tel état de choses, et, à différentes époques avant la révolution, on avait plusieurs fois proposé d’établir un système uniforme de législation pour tout le royaume. Mais tant d’intérêts divers se trouvaient compromis, et en outre , les administrations successives de Louis XVI et de son grand - père avaient été occupées d’affaires si pressantes que ce projet n’avait jamais été sérieusement adopté ni même délibéré. Cependant, lorsque le système entier des provinces , des districts et de la grande et petite juridiction féodale tombèrent à la voix de l’abbé Sieyès, comme un palais enchanté quand le charme est rompu, et que toutes leurs diverses lois, écrites ou coutumières, furent euseveUes dans les ruines, la France, réunie en une seule nation, était disposée à recevoir le code législatif que l’Assemblée Nationale aurait voulu dicter. Mais l’esprit révolutionnaire , plus propre à détruire qu’à édifier, était plus occupé de poursuivre ses vues politiques que de procurer à la nation la protection de lois justes et équitables. Sous le Dh’ec-,

52 VLE DK NAPOLÉON BÜON APARTE.

toire, le Conseil des, Cinq-Cents fit deux ou trois essais pour la classification des lois ; mais ces essais se bornèrent à un rapport général et préliminaire. Cambacérès, excellent jurisconsulte et homme d’État éclairé , fut un des premiers à éveiller l’attention du gouvernement sur ce grand et indispensable devoir. Les diverses autorités qui s’étaient succédé s’étaient contentées de promulguer les lois qui convenaient aux besoins du jour, et qui (comme celle qui autorisait le divorce ) se ressentaient de l’extravagance qui les avait fait naître. Le projet de Cambacérès embrassait, au contraire, une classification générale de la jurisprudence dans toutes ses branches, quoique ce travail fût encore trop empreint , dit-on , des opinions révolutionnaires pour servir de base lorsque Buonaparte , après son élévation , voulut remplacer les formes du gouvernement républicain par celles de la monarchie.

Après la révolution du 18 brumaire , Napoléon ne vit pas de moyen plus certain pour rendre cet événement populaire, et pour allier sa propre autorité aux intérêts de la France, que de reprendre une tâche que ses prédécesseurs avaient trouvée trop au-dessus de leurs forces ; c’était montrer ainsi tout à coup une noble confiance dans la stabilité de son pouvoir , et

Page 1