CHAPITRE II
le désir louable de l’exercer pour assurer à la nation des avantages pennanens. Un ordre des Consuls, daté du 24 thermidor an VIII , chargea le ministre de la justice d’examiner, dans un comité formé de plusieurs savans jurisconsultes, quatre projets rédigés sur la manière dont on devait rassembler les lois nationales pour en former un Code civil : ce comité avait mission d’indiquer le plan le plus désirable pour parvenir à ce but , et de discuter les bases sur lesquelles devait reposer la législation en fait de matières civiles.
Le discours préliminaire du premier projet de Code civil est remarquable par la manière dont les rapporteurs considèrent et réfutent les vues générales et illusoires admises par la partie la moins éclairée du public , sur la nature de la tâche que la commission avait à remplir. C’est l’idée commune et vulgaire qu’un système de législation doit être simplifié autant que possible, et réduit à quelques maximes générales d’équité, suffisantes pour guider un juge éclairé et intègre , et lui faire résoudre toutes les questions qui peuvent s’élever entre deux indi- , vidus. Le corollaire de cette proposition est que les nombreuses multiplications d’autorités, d’exceptions, de cas particuliers, d’actes spéciaux, qui ont été introduites chez les nations
54 VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE, civilisées par l’adresse des légistes , sont autant d’expédiens propres à embarrasser le cours simple de la justice par des modifications et des raffinemens arbitraires. On s’imagine qu’il ne s’agit que de procurer des richesses et de l’importance à ceux à qui l’étude des lois permet de s’en rendre les interprètes , et qui deviemient ainsi des guides nécessaires pour conduire les plaideurs dans le dédale obscur créé par eux et leurs prédécesseurs.
Telles furent les idées que le Parlement des ( Louez-Dieu ) Barebones 1 avait des lois et de ceux qui les exécutent, lorsqu’il proposa à
1 Cromwell avait licencié le Parlement; mais voulant conserver les formes républicaines , il convoqua par ses propres lumières cent quarante membres des Communes , choisis parmi les fanatiques les plus ignorans de l’époque. Parmi eux était un nommé Barcbone ( os décharné), marchand de pelleteries ou de cuir, qui , selon le mode mystique des dévots républicains, avait pris le prénom de Praise- God , Louez-Dieu , comme son frère s’était donné celui de si Dieu n 'était mort pour T homme , l’homme serait damné. Le peuple trouva plaisant de surnommer le Parlement de i635 , le Parlement des Os décharnés ( Barebone Parliament) ; et le surnom est resté historique : il faut convenir avec Hume qu’un poète satirique n’eût pas mieux inventé pour parodier les cent quarante. De même abrégeant la périphrase du frère de Louez-Dieu , et n’en conservant que le dernier mot , les anti-ministériels du temps appelaient le second Barebone, damné Barcbone. (Édit.)