CHAPITRE I
soldats , et à sa propre habileté , Reynier abandonna une forte position sur la rive opposée de l’Amata , et descendit en plaine , le 6 juillet , pour s’opposer aux Anglais. De tous les généraux de Buonaparte , c’était celui qu’un Anglais devait souhaiter le plus de rencontrer ; car il avait publié un ouvrage sur l’évacuation de l’Égypte , dans lequel il refusait aux Anglais toute espèce de talent et de valeur , et n’imputait la perte de cette contrée qu’à l’incapacité de Menou, sous lequel Reynier commandait en second. Il allait alors tenter lui-même la fortune de la guerre contre l’ennemi qu’il avait tant méprisé.
A neuf heures du matin , les deux armées se rangèrent en bataille : la brigade anglaise d’infanterie légère formait la droite de la ligne de front , et le 1 er léger, régiment d’élite, formait la gauche des Français. Ainsi , opposés l’un à l’autre, ces deux corps, comme d’un consentement mutuel, après deux ou trois décharges, s’attaquèrent à la bayonnette. Le commandant anglais , s’apercevant que les couvertures que ses soldats portaient sur leur dos gênaient leurs mouvemcns , fit faire halte , afin qu’ils pussent les jeter à terre. Les Français voyant l’ennemi s’arrêter, crurent que la peur le faisait hésiter ; ils avancèrent au pas de charge
au milieu de bruyantes acclamations. Un officier , duquel nous tenons ces détails , dit qu’il ne put s’empêcher d’éprouver une vive inquiétude lorsqu’il vit l’air martial des Français et l’ordre dans lequel ils avançaient , et qu’il compara ces vieux soldats à moustaches avec les troupes anglaises qui étaient pour la plupart de jeunes recrues ; mais les Anglais ne furent pas plus tôt débarrassés de leur fardeau , que , recevant l’ordre d’aller en avant, ils firent bonne contenance, et marchèrent, à leur tour, sur l’ennemi , d’un pas rapide , et la bayonnette au bout du fusil. Les officiers français excitèrent alors leurs soldats, dont le courage commençait à chanceler , en voyant qu’ils avaient changé de rôle avec les Anglais, et qu’ils n’étaient plus les assaillans. Ils s’arrêtèrent; tous les efforts de leurs officiers pour les faire avancer devinrent inutiles; et lorsque les Anglaisne furent plus qu’a la distance de la bayonnette , leurs adversaires rompirent les rangs et prirent la fuite. Reynier s’efforça vainement de rétablir le combat avec sa cavalerie ; il fut battu sur tous les points, et d’une manière à mettre hors de doute que le soldat anglais , homme à homme , a sur son ennemi la même supériorité que les marins anglais ont sur ceux des autres nations.
Il serait superflu de rechercher ici si cette