CHAPITRE II
la centième partie des causes appelées devant les tribunaux. Pour faire une application pratique de ce que nous établissons à l’égard de la jurisprudence de la France et de celle de l’Angleterre , nous ferons remarquer que le titre Y du premier Livre du Code Civil , relativement au mariage, contient seulement cent soixanteune propositions concernant les droits des parties dans les différentes circonstances qui peuvent naître de ce contrat , le plus important de tous ceux que reconnaissent les nations civilisées. Si nous en retranchons les règles qui ne portent pas sur le fond de la question , et n’ont de rapport qu’aux formes de la procédure , le nombre de ces propositions sera de beaucoup réduit. La loi anglaise , au contraire , est appuyée , ainsi qu’on le voit dans l’index de Roper , de l’autorité de mille causes jugées qui , servant chacune de précédent , fournissent des règles sûres pour toutes les difficultés qui s’offrent avec les mêmes circonstances. Sous ce * point de vue , la certitude de la loi anglaise , comparée à celle de France, est dans le rapport de dix à un.
C’est donc par une erreur vulgaire , quoique naturelle et commode , que l’on préfère la simplicité d’un code ingénieux et pliilosophique à un recueil de lois qui s’est formé avec la nation,
s’e3t augmenté avec ses besoins , a suivi les progrès de la civilisation, et n’est devenu si compliqué et si volumineux que parce que l’état de la société à laquelle s’applique la législation a luimême produitune complication de situations relatives auxquelles les lois ont dû nécessairement se conformer. Sous ce point de vue , le Code français peut être comparé à un magasin construit avec toutes les proportions des règles de l’architecture, séduisant par son apparence extérieure et la simplicité du plan, mais trop étroit pour la quantité de marchandises nécessaires aux besoins publics : la loi anglaise ressemble aux voûtes élevées d’un monument gothique , obscur k la vérité et contre les règles , mais contenant un immense approvisionnement de toutes les choses nécessaires à la vie , et où ceux qui en connaissent bien les plus secrets détours trouvent tout ce qu’ils y cherchent. La pratique ou les cas décidés forment comme un ouvrage avancé ’ , destiné à protéger le boulevard de la loi établie; et quoiqu’elles ne puissent être coordonnées régulièrement, chaque décision indépendante s’appuyant des décisions analogues, résiste aux einpiétemens des innovations , et
i Nous traduisons ainsi le mot break water , qui désigne plutôt un vieux vaisseau qu’on fait échouer pour rompro la force du courant. (Édit.)