CHAPITRE II
qui avaient une couleur politique. Nous avons déjà fait allusion à cette violation des droits les plus précieux des sujets, lorsque nous avons rapporté le procès de trahison intenté à Georges, à Pichegru et à Moreau. Un jury n’eût jamais prononcé de verdict contre ce dernier , dont le seul crime était d’avoir communiqué avec Pichegru : c’était là un motif de soupçons , mais non mie preuve de culpabilité positive.
Les causes politiques étant mises en dehors, la procédure par jury fut conservée dans le Code français pour toutes les questions criminelles exclusivement , et l’administration générale de la justice paraît avoir été bien entendue pour protéger l’innocent et punir le coupable.
Les opérations fiscales de Buonaparte furent celles dont ses sujets se plaignirent le plus ; et ce sont, en effet, les griefs que le peuple ressent le plus vivement dans tous les pays. De fortes taxes furent imposées au peuple français ; ces taxes étaient devenues nécessaires par les dépenses du gouvernement de plus en plus considérables à cause de tous ses accessoires; et quoique Buonaparte fit tout ce * qui était en son pouvoir pour rejeter les charges de ses étemelles guerres sur les pays qu’il conquérait ou traversait , cependant les ravages
dépassent tellement la valeur de tout ce qu’on enlève à main armée , il y a si peu de proportion entre le gain des vainqueurs et les pertes des vaincus , qu’après toutes les contributions levées sur les pays étrangers, les campagnes continuelles de l’Empereur n’aboutirent qu’à l’épuisement de l’industrie française. Mais le sol de la France est si riche, ses ressources sont si vastes, ses habitans sont si patiens et si actifs , que, si elle ne saurait produire instantanément les capitaux réels que l’Angleterre peut lever au moyen de son crédit national, elle peut toutefois supporter de lourds impôts annuels pendant plus long-temps et avec moins d’inconvéniens pratiques. L’agriculture française s’était beaucoup améliorée depuis la division des grandes propriétés et l’abolition des charges féodales qui pesaient sur les cultivateurs : on pouvait donc considérer la France dans un état florissant, en dépit des taxes de guerre, et, ce qui était pire, en dépit de la conscription. Sous un gouvernement stable, quoique sévère et despotique, la propriété était protégée y et l’agriculture recevait le plus utile des encouragemens , la sécurité donnée au cultivateur de récolter quand il avait semé.
Il n’en était pas de même pour le commerce ,