‹ Œuvres Completes de Sir Walter Scott, Vie de Napoleon Buonaparte (volume 2)Chapitre 36 sur 51 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tour. Cette conclusion est fondée sur l’anecdote suivante qu’il racontait à Las-Cases :

Parlant des généraux et louant le désintéressement de quelques uns d’entre eux, il ajoute : Masséna, Augereau et Brune étaient des déprédateurs intrépides. Il y eut une occasion dans laquelle la rapacité du premier avait excédé la patience de l’Empereur : la manière dont il le punit fut singulière. Il ne le destitua pas du commandement dont il s’était rendu indigne par im vice si contraire au véritable esprit militaire ; il ne dépouilla pas le déprédateur par une sentence judiciaire de son gain mal acquis , et ne le fit point restituer à ceux qui avaient été pillés; mais, pour faire sentir au général qu’il avait été beaucoup trop loin , Buonaparte tira une lettre de change de deux ou trois millions de francs sur le banquier du délinquant , et fit porter cette somme au débet de Masséna et au crédit du tireur. L’embarras du banquier fut extrême : il n’osa pas se refuser aux ordres de l’Empereur ; il observa humblement, et en hésitant, qu’il ne pouvait faire honneur à la lettre de change sans l’autorisation de son commettant. « Payez, dit l’Empereur, et laissez Masséna refuser, à ses risques et périls , de vous donner cette autorisa- Vie uh Nap. Buoh. Tome 6. 6

tion. ' » L’ argent fût compté et porté au compte du général sans qu’il hasardât de faire lamoindre objection. Ce n’était point là punir un péculat , mais bien en partager le profit. Cette transaction ressemble beaucoup à ce que nous dit Lesage d’un ministre espagnol, qui insistait pour avoir sa part de l’argent employé a corrompre son secrétaire.

Junot donna le môme scandale, lorsqu’à son retour du Portugal il étala publiquement les diamans et les richesses qu’il avait acquis par l’oppression de ce pays ; il reçut de Buonaparte un avis amical d’étre plus prudent dans les apparences ; mais sa rapacité bien connue ne l’empêcha pas d’obtenir bientôt après le gouvernement de l’Illyrie.

Nous apprenons, dans une autre conversation de l’Empereur, que sonConseil d’Etat était d’une admirable utilité pour les enquêtes sévères qu’il voulait faire sur les comptes publics. La procédure de cette chambre étoilée * et la crainte d’être traduits dev;mt le grand-juge

1 Cette anecdote se trouve dans le tome m du Mémorial , page 3a i delà réimpression. (Édit.)

* The star chamber, était en Angleterre un tribunal extra- légal qui s’emparait de toutes les causes qui échappaient au ressort des tribunaux ordinaires, etc., etc. (Édit.)

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