‹ Œuvres Completes de Sir Walter Scott, Vie de Napoleon Buonaparte (volume 2)Chapitre 37 sur 51 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

amenaient ordinairement les prévenus à quelque composition ; et quand on leur avait fait regorger un , deux ou trois millions , le gouvernement s’était enrichi , ou , selon les idées de Buonaparte , on avait satisfait à la loi La vérité parait être que Buonaparte, quoiqu’il méprisât personnellement ce vice , était persuadé que l’avarice* qui , après tout, n’est qu’une espèce d’ambition secondaire et sordide, est pour les esprits vulgaires le plus puissant des mobiles , et il prodiguait volontiers l’or à ceux qui en étaient avides , aussi long-temps que leurs services lui rendaient facile la possession et la conservation du pouvoir illimité auquel il avait atteint. Dans un pays où les malheurs et les désastres de toute espèce , publics et privés , avaient mis un grand nombre d’individus à portée d’acquérir de grandes fortunes par l’agiotage , l’amour de l’argent était promptement excité % et l’espoir de le satisfaire était fondé sur l’ambition gigantesque d’un souverain qui ourdissait sans cesse de nouveaux plans de conquête , et dont les talens incomparables semblaient avoir trouvé l’art de couronner par le succès les plus difficiles entreprises.

' Las-Cases. Tome i, deuxième partie, page 270.

* Nulle part peut-être cet amour de l’argent n’est aussi vif qu’en Angleterre. {Edit.)

84 VIE DE N APOEÉON BUON APARTE.

On pourrait croire que l’intérêt manufacturier avait dû périr en France par les mêmes causes si défavorables au commerce de ce pays. La cessation des importations avait du naturellement produire une diminution proportionnelle des demandes de marchandises à exporter, que ces dernières fussent le produit du sol ou celui de l’industrie française. En conséquence , ce résultat avait eu lieu en grande partie, et il y avait une décroissance considérable dans la quantité de marchandises que les Français étaient accoutumés d’exporter en échange de celles qui leur étaient fournies par le commerce anglais. Mais quoique ce stimulant réel et légitime des manufactures eût ainsi cessé, Napoléon en avait substitué un autre tout artificiel , qui , du moins jusqu’à un certain point , avait suppléé au commerce naturel. Nous devons remarquer que Napoléon, frugal pour sa personne et dans ses habitudes , était entièrement étranger à la science de l’économie politique. Il n’agit jamais d’après l’idée qu’un système libéral de commerce est d’autant plus profitable , qu’il distribue en plus grande abondance les productions qui sont communément les objets d’échange, et cela en fournissant à * chaque pays la plus grande part possible des bienfaits de la nature ou des produits de l’in—

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