‹ Œuvres Completes de Sir Walter Scott, Vie de Napoleon Buonaparte (volume 2)Chapitre 38 sur 51 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

dustrie au taux le plus facile à atteindre. Au contraire, il s’était conduit, à l’égard du commerce de l’Angleterre, comme un militaire qui, assiégeant une ville, cherche k détourner les eaux qui l’alimentent. Il s’efforça de nuire au commerce anglais , et même de l’anéantir en le privant de ses débouchés; et pour y mieux réussir il fit remplacer, par des productions du sol français, les objets que fournissait l’Angleterre. De 1k cet encouragement factice donné aux manufactures françaises , fondé non sur les demandes naturelles du pays , mais sur les prohibitions et les libéralités qui seules les soutenaient. De la les efforts multipliés que l’on fit pour obtenir de diverses substances , et principalement de la betterave, une espèce de sucre. Buonaparte attachait tant d’importance k la réussite de cet essai peu naturel et nullement économique *, que le premier résultat de cette nouvelle composition , dont après de nombreux essais on était parvenu k former un pain de sucre ordinaire, fut placé sur une des cheminées du palais impérial et recouvert d’un étui de cristal ; on envoya aussi aux cours étrangères un pain d’une k deux livres de sucre de betteraves

1 La fabrication de sucre de bctleraves n’est cependant ]>as abandonnée depuis 1814. {Édit.)

parfaitement raffiné , afin de montrer par quels moyens Napoléon consolait ses sujets des maux qui résultaient pour eux du système continental. C’était un sûr moyen de flatter davantage l’Empereur que de paraître empressé de seconder ses vues sur cet objet : on dit qu’un de ses généraux, qui n’était plus dans ses bonnes grâces, sut les regagner en faisant planter en betteraves une terre considérable. Dans cette occasion , ainsi que dans quelques autres semblables, Napoléon désirant avec ardeur obtenir le produit qui devait remplacer une denrée coloniale , n’avait plus égard à ces considérations auxquelles un manufacturier s’attache d’abord avant de commencer ses opérations, savoir, la dépense que nécessitera la confection de l’objet projeté, le prix auquel on pourra le livrer, et sa convenance pour le marché auquel il doit être porté. Les divers encouragemens donnés aux manufactures de coton , et à quelques autres à l’aide desquelles on se proposait de suppléer aux marchandises anglaises , provenaient d’un système également anti-libéral et impolitique. Toutefois les confiscations et les ventes forcées des produits anglais, la protection du gouvernement et l’argent qu’il prodiguait aux manufacturiers leur permettaient de continuer à fabriquer , et de faire travailler

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