CHAPITRE II
un certain nombre d’individus qui étaient naturellement reconnaissans envers l’Empereur de l’existence qu’il leur procurait. Un jet d’eau, quelque dépense que l’on fasse pour le lancer à de grandes distances , ne peut rafraîchir un site aussi-bien que la douce et générale influence d’une pluie naturelle ; cependant ce jet d’eau peut nourrir et faire croître les végétaux placés à sa portée. C’était ainsi que bien que les efforts de Napoléon pour encourager les arts et les manufactures fussent l’effet de principes erronés , ils produisirent dans le commencement des résultats heureux en apparence.
Nous avons déjà eu l’occasion de faire observer combien de monumens publics furent érigés sous le gouvernement de Buonaparte.
Les temples , les ponts , les aquéducs sont à la vérité la monnaie avec laquelle les princes arbitraires ont payé dans tous les siècles la liberté dont ils dépouillaient les peuples : de tels monumens rendent le monarque populaire , parce que tous les citoyens en jouissent également, et que cette dépense plus qu’aucune autre sert à faire passer à la postérité la mémoire de la grandeur du siècle. Buonaparte n’était et ne pouvait être insensible à l’un et à l’autre de ces motifs. Son esprit était trop étendu pour chercher quelque jouissance dans des objets
88 VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE, purement personnels , et celui qui avait fait assez pour s’élever pendant sa vie au-dessus des autres hommes , devait naturellement désirer que des inonumens publics servissent à perpétuer son nom d’âge en âge. En conséquence, il entreprit et fit exécuter quelques uns des plus beaux travaux des siècles modernes : la route du Siinplon et les bassins d’Anvers sont de gigantesques monuméns de son esprit public.
D’un autre côté, ainsi que nous l’avons déjà montré, Napoléon visait à produire un effet immédiat par des propositions et des plans adoptés précipitamment , décrétés de même et transcrits en entier dans le journal du gouvernement , mais qui étaient abandonnés aussitôt que commencés, ou peut-être qui n’allaient jamais plus loin que l’insertion qu’on en faisait dans le Moniteur. Les habitudes actives de Buonaparte, sa facilité pour décider d’un coup d’œil les affaires militaires ou administratives, excitaient au plus haut degré l’étonnement et l’admiration de ses sujets. Pendant, les courts intervalles de paix qui eurent lieu sous son règne , il cherchait à tromper l’impatience que lui causait cette inaction en visitant avec une grande rapidité , et superficiellement , les départemens de la France. Voyageant avec une célérité in-