CHAPITRE II
croyable, quoiqu’il fût ordinairement accompagné de l’impératrice Joséphine , dès qu’il ' était arri vé dans une ville un peu importante il montait à cheval , et accompagné d’un aide-decarnp et de son mameluck Roustan , qui avaient peine à le suivre , il prenait comme au vol un aperçu du pays , de ses ressources, de son commerce, de son industrie, de sa population ou des inconvéniens inlïérens aux lieux mêmes. Après avoir ainsi obtenu cette connaissance des localités , il donnait audience aux autorités municipales , et entrant souvent dans les détails les plus minutieux, il accablait ces officiers municipaux en leur prouvant qu’il connaissait mieux qu’eux ces lieux autour desquels il venait de galoper pour la première fois , et où ils avaient passé leur vie. L’étonnement était donc universel sur la facilité d’observation de l’Empereur, et le Moniteur en recueillait le réci t pour l’admiration de la France. Quelques travaux publics , sollicités par les autorités municipales, ou dont l’idée était suggérée par la bienveillance du souverain , étaient alors projetés , mais ils restaient souvent , ou presque toujours, sans exécution; les fonds du trésor impérial ne pouvant dans toutes les circonstances suffire à cette splendeur des entreprises de IN apoléon, ou, ce qui arrivait le plus souvent,
90 VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE, une nouvelle guerre , de nouveaux projets ambitieux absorbant ces fonds, faisaient ajourner tout autre objet de dépense.
Si même quelques uns des plus magnifiques monumens de la splendeur nationale avaient été complètement exécutés , on a lieu de douter que le pouvoir de Buonaparte en eût retiré q uelque avantage proportionné à l’influence que leur grandeur eût produit nécessairement sur l’imagination. Nous voyons avec étonnement et admiration les magnifiques chantiers de l’Escaut; mais eussent -ils été achevés, de quoi pouvaient servir des vaisseaux de premier rang lorsque la France n’aurait pu qu’avec peine leur fournir des équipages, qui même une fois équipés n’auraient pu s’aventurer hors de l’Escaut, ou qui , s’ils eussent hasardé d’entrer dans la mer, auraient été certainement capturés par les premiers vaisseaux de guerre anglais qu’ils auraient rencontrés * . Presque toute cette profusion de dépense n’eut pour résultat qu’une vaine
1 Cette infaillibilité de victoire nous semble un peu hasardée ; la France a eu ses amiraux et ses victoires navales , et le temps seul a manqué aux projets de Napoléon. 11 est juste de renvoyer le lecteur aux paroles recueillies par M. de Las-Cases sur les travaux de Cherbourg et d’Anvers , et sur rc que l’Empereur appelait sa bataille d’Aclium. ( Édit .)