CHAPITRE II. q
serva toujours. En parlant une fois de son goûl particulier, Buonaparte dit que son livre favori était un recueil de logarithmes , et que son amusement était de résoudre des problèmes.
La personne à laquelle l’Empereur fit cet aveu singulier ne put s’empêcher d’en parler à un officier du palais impérial , qui l’assura que non seulement Buonaparte s’amusait de calculs arithmétiques , mais qu’il poussait son goût poulies chiffres jusqu’à comparer, dans les dépenses de sa maison , le prix auquel on lui comptait certains objetsavec le taux primitif du marché; et ce prix , pour des raisons inutiles à déduire ici, il le trouvait presque toujours porté beaucoup plus haut qu’il ne devait l’être. Nous voyons dans le Mémorial de M. de Las- Cases qu’il découvrit ainsi une surcharge considérable dans le prix des franges d’or qui ornaient l’mi de ses salons de réception. On rapporte encore une anecdote assez curieuse ; il avait commandé au plus habile horloger de Paris de lui faire une montre qui fût digne par le travail et la richesse d’être offerte en présent par l’empereur des Français à son frère le roi d’Espagne. La montre était encore dans les mains de l’ouvrier, lorsque» Napoléon reçut la nouvelle de la bataille de Yittoria. « Tout est fini maintenant avec Joseph », tels furent les premiers mots
y4 VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE, qu’il prononça : « Faites contre-mander la montre » , ajouta-t-il. *
Cette anecdote n’indique d’ailleurs aucune indifférence pour le sort de son frère , ni l’envie d’épargner une petite somme; elle prouve le calcul rigoureux d’un arithméticien accoutumé à balancer une perte par une économie, quelque mince qu’elle puisse être.
Toutefois, quoique l’Empereur descendît à ces petits détails , nous ne supposons pas qu’il s’y trouvât dans sa sphère naturelle; au contraire , dès la première année de son consulat , il découvrit, dans le compte rendu des revenus de l’Etat, une erreur de deux millions de francs, et la fit rectifier; une autre fois, par cette habileté que lui avait donnée son goût particulier pour les chiffres , et qu’une constante pratique avait portée au plus haut degré, il s’aperçut qu’on avait fait mie surcharge de plus de soixante mille francs dans les comptes de la garnison de Paris. Cette découverte faite par le premier magistrat de deux erreurs semblables dut garantir pour l’avenir plus de régularité dans les comptes des diverses administrations.
En réfléchissant sur cette singularité remar-
1 Cette montre à demi achevée resta pour le compte de l’artiste, et elle appartient maintenant au duc de Wellington. •