‹ Œuvres Completes de Sir Walter Scott, Vie de Napoleon Buonaparte (volume 2)Chapitre 43 sur 51 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

quable, on voit qu’elle jette un grand jour sur le caractère de Buonaparte. Ce fut par ses rapides et puissantes combinaisons qu’il réussit comme général , et l’on retrouve le même esprit de calcul dans presque toutes les circonstances de sa vie publique ou privée.

Les dépenses du palais et les dépenses particulières à l’Empereur étaient toutes réglées attentivement d’après les propres calculs de Sa Majesté impériale. Il se vantait d’avoir tellement simplifié les dépenses des anciens rois de France, que sa vénerie, quoique maintenue dans la plus grande magnificence , coûtait beaucoup moins que celle des Bourbons * ; mais on doit se souvenir d’abord que Napoléon était dégagé de l’obligation dans laquelle se trouvaient les Bourbons de donner de très hauts appointemens à toutes les personnes de leur maison; secondement , que , sous le gouvernement impérial , il n’existait plus de fauconnerie , genre de chasse qui, dans l’opinion de plusieurs personnes, est bien plus intéressant et bien plus pittoresque que tout autre , et qui , entraînant des dépenses excessives et royales, convient particulièrement aux princes souverains.

' La chasse absorbait plus d’un tiers de la somme consacrée aujourd’hui à la liste civile. {Édit.)

y() VIE DE NA PO DÉON BUONAPAllTE.

La cour impériale se distinguait non seulement par une étiquette très sévère , mais par le luxe que les grands-officiers de la couronne étaient obligés de déployer dans leurs costumes et leurs équipages les jours de cérémonie publique. C’était aussi pour eux un grand sujet de plaintes; car bien que, à beaucoup d’égards , Buonaparte veillât à leurs intérêts, qu’il leur facilitât les moyens d’acquérir des richesses, qu’il leur donnât de superbes do- * tâtions et des revenus considérables , et que , fréquemment , il employât une influence à laquelle on pouvait difficilement résister pour leur procurer des mariages avantageux, cependant les énormes dépenses auxquelles ils étaient forcés pour paraître à la cour de l’Empereuf les empêchaient de réaliser aucune fortune pour entretenir leur famille. Buonaparte aimait à représenter cette dépense comme une taxe levée sur ses courtisans pour soutenir les manufactures françaises; toutefois, ces dépenses étaient poussées si loin, qu’il était facile de voir que , bien qu’il voulût que sa noblesse servît à embellir sa cour par son éclat , il était bien éloigné de lui permettre d’acquérir aucun pouvoir réel, et de former, par l’influence de ses richesses, une barrière entre le trône et le peuple. On doit tirer la même conclusion

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de la loi française sur les successions , qui , dans les cas ordinaires , divise les propriétés territoriales entre chacun des enfans du défunt. Cette circonstance prévient toute influence héréditaire ; et quoique pour soutenir les titres donnés par la couronne , et dans quelques autres cas , on puisse établir la substitution d’une portion d’un domaine pour former un majorât , toutefois ce que la loi accorde ainsi est proportionnellement trop faible pour donner une grande importance à ceux qui sont l’objet de cette exception. *

La composition de la cour de Buonaparte était singulière. Parmi ses ducs et ses maréchaux de l’empire on voyait des descendans des anciens nobles qui avaient été rayés de la liste des émigrés ; c’était d’eux que Buonaparte disait avec une amère ironie : « Je leur ai ouvert les rangs de mon armée , ils ont refusé d’y entrer; je leur ai ouvert mes antichambres, ils s’y sont précipités en foule. »

En cela l’Empereur ne rendait pas justice

1 Les Anglais , élevés dans des idées exclusivement aristocratiques, ne peuvent comprendre que la loi de l'égalité des partages est fondée sur les mœurs de la France moderne , telle que la révolution l’a faite, autant que sur la morale et les vrais intérêts de l’État. (Édit.)

Vie de Nap. Buow. Tome 6. 7

à l’ancienne noblesse française. Plusieurs nobles reprirent dans l’armée le rang qui convenait à leur position , et un plus grand nombre refusa de plier le genou devant celui qu’ils considéraient comme un heureux usurpateur.

Le cérémonial des Tuileries était d’une grande pompe , les fêtes publiques splendides , et l’étiquette sévère jusqu’à la minutie. Buonaparte y attachait de l’importance; selon lui, toutes ces cérémonies caractérisaient la force et la dignité de son gouvernement ; il s’était accoutumé luimême à respecter ces formes extérieures qui entourent la royauté , comme si elles avaient été pendant toute sa vie l’objet spécial de son attention. On en trouve un exemple curieux cité par M. de Las-Cases. Buonaparte , dans un moment de bonne humeur, et plaisantant avec ce dernier, lui donnait les noms de «Votre Altesse, Votre Seigneurie » , et quelques autres semblables. Par distraction il lui arriva de dire «Votre Majesté» ; aussitôt que ce nom sacré pour son oreille lui eut échappé, sa bonne humeur cessa; il reprit un ton sérieux comme quelqu’un qui sent que ses plaisanteries ont abordé un sujet qu’elles ne doivent point atteindre.

Plusieurs des amis et des partisans de Buonaparte, élevés comme lui sous l’influence de la

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