CHAPITRE II
révolution , doutaient qu’il fît bien d’iiniter le cérémonial des anciennes cours de l’Europe , et de se montrer empressé de rivaliser avec elles sur les seuls points qui devaient être nécessairement à son désavantage ; en effet, l’étiquette ne frappe l’imagination que par son antiquité et une longue habitude : or, c’est ce que ne pouvait faire le cérémonial d’une cour qui ne datait que d’hier. Ils auraient voulu que la dignité de la cour de leur maître résidât dans son importance et sa supériorité réelle; et, quoique les principes républicains eussent été abandonnés , ils auraient désiré que la mâle simplicité des mœurs républicaines eût continué à caractériser un trône dont la base s’appuyait sur la révolution. Les courtisans qui pensaient ainsi pouvaient trouver quelque consolation dans le costume et les habitudes de 1 Empereur. Au milieu de ce brillant appareil de broderies, d’ordres, de décorations, et de tout ce qu’exige l’étiquette la plus recherchée , l’Empereur se distinguait par l’extrême simplicité de ses vêtemens et de ses manières. Un simple uniforme , avec un chapeau qui n’était orné que de la cocarde tricolore, était toute la parure de celui qui accordait aux autres toutes ces magnifiques décorations , et
ÎOO VIE DE NAPOI.ÉON BUON APARTE, en l’honneur de qui tous ces riches costumes avaient été faits ; peut-être Napoléon avait-il pensé que la somptuosité des habits siérait mal à un homme de moyenne taille et devenu un peu gros dans ses derniers jours , ou peut-être voulait-il persuader que , quoiqu’il exigeât des autres que l’on se conformât strictement à l’étiquette , la dignité impériale le mettait luimême au-dessus d’une obligation réciproque à leur égard.
Peut-être aussi en bornant ses dépenses personnelles et en évitant celles d’une garde-robe royale splendide , Buonaparte satisfaisait ce goût pour les calculs et l’ordre que nous avons indiqué comme un des traits principaux de son caractère ; mais il eut beau faire , il ne put parvenir à inspirer ce même esprit d’économie aux femmes de sa famille; et ce pourra être une consolation pour les personnes d’une moindre importance , de savoir que l’Empereur de la moitié du monde avait aussi peu de crédit sur cet article qu’ils peuvent en avoir euxmêmes dans leur ménage. Joséphine , avec toutes ses aimables qualités, était prodigue comme le sont généralement toutes les créoles , et Pauline Borghèse ne l’était pas moins. Les efforts de N apoléon , pour limiter leurs dépenses ,