CHAPITRE II. ÎOI
iirent naître quelquefois de singuliers incidens. Dans une certaine occasion , Napoléon trouva chez Joséphine une marchande de modes d’une grande réputation , avec laquelle il avait bien défendu à sa femme d’avoir affaire , à cause de ses prix exorbitans. Irrité de cette désobéissance à ses ordres, il fit conduire la marchande de modes à Bicêtre ; mais le grand nombre d’équipages des dames de la cour qui allaient consulter cette modiste dans sa captivité , le convainquit que la popularité de cet oracle des modes était plus puissante que l’autorité impériale; aussi il termina bientôt une lutte qui semblait amuser le public , et l’artiste fut mise en liberté pour charmer et rançonner, à son gré, les élégantes de Paris.
Dans mie autre occasion , le penchant irrésistible de Joséphine pour la dépense amena un incident qui ressemble à une anecdote de l’histoire de quelque sultan. Un créancier de l’impératrice, désespéré de n’obtenir que de continuels délais , arrêta la calèche de l’Empereur un jour qu’il allait à Saint-Cloud avec l’impératrice , et présenta son mémoire en demandant à être soldé. Buonaparte agit comme eût fait Saladin en pareille circonstance ; il pardonna la hardiesse de cet homme en considération de la justice de son droit , et ordonna que la dette
lOil VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE.
fût payée immédiatement. Dans le fait, tout en blâmant les dépenses et le peu d’ordre qui occasionnaient de semblables requêtes , un sentiment d’équité et l’affection qu’il avait pour sa femme le portèrent également à satisfaire ce créancier.
Cet amour de l’ordre étant une règle principale du gouvernement impérial , Buonaparte fut un censeur sévère de tout ce qui portait publiquement atteinte aux convenances sociales. La morale est en elle-même l’accomplissement et le but de toutes tes lois ; elle constitue seule un code national : en conséquence , les mœurs de la cour impériale étaient réglées de manière à ne point causer de scandale, si toutefois elles n’étaient point à l’abri du soupçon*. Le jeu, ce vice naturel et favori d’une cour , ne fut point toléré à celle de Buonaparte, qui s’y opposa de tout son pouvoir ; mais il souffrit que le ministre de la police l’autorisât d’une manière effrayante : nous ne pouvons ajouter foi à ses paroles lorsqu’il affirme que ces maisons de jeu, qui payaient des sommes énormes à Fouché , exis-
' Nous répétons encore que nous ne croyons aucunement les infamies imputées à Napoléon , quoique les Mémoires de Fouché en fassent mention. Ni les inclinations de Buonaparte ni ses fautes ne furent celles d'un voluptueux.