CHAPITRE III
qui , avant la révolution , était entièrement entre ses mains. Soutenus par les libéralités des particuliers , et sous l’inspection de l’évêque , les séminaires étaient principalement destinés à élever les jeunes gens qui devaient prendre les ordres , et ils avaient obtenu le titre d’écoles ecclésiastiques.
Les choses en étaient là lorsque Buonaparte mit à exécution son grand projet d’une Université nationale, composée d’un grand-maître , d’un chancelier , d’un trésorier , de dix conseillers à vie , de vingt conseillers ordinaires et de trente inspecteurs-généraux , qui formaient une sorte de conseil impérial , dont les décisions devaient être absolues dans les questions concernant l’éducation. Tous les collèges et tous les maîtres étaient soumis à l’autorité suprême de l’université nationale; aucune école ne pouvait être ouverte sans un brevet ou diplôme du grandmaître , et sans payer une taxe considérable. La politique du gouvernement était de diminuer autant que possible le nombre des écoles secondaires et ecclésiastiques, afin que l’éducation publique eût lieu dans les lycées ou académies.
Dans ces lycées , la discipline était en partie militaire et en partie monastique; les proviseurs, les censeurs, les maîtres, devaient garder le célibat; les professeurs qui se mariaient ne
lia VIE DE NAPOLÉON BUONAPARTE.
pouvaient résider dans l’intérieur de l’établissement. Les jeunes gens étaient entièrement séparés de leur famille; ils ne pouvaient correspondre qu’avec leurs parens , et seulement alors par l’entremise des censeurs et sous leur surveillance. Toute l’éducation était soumise k la constante et stricte investigation de l’Université. Le grand-maître pouvait renvoyer toute personne qui lui déplaisait , et une semblable sentence rendait inhabile k occuper un emploi civil.
Généralement on doit éloigner des yeux de la jeunesse , dans les lieux consacrés k l’étude , cette pompe et cet appareil de guerre qui peuvent , k cet âge , distraire l’attention des études sérieuses. Les lycées de Buonaparte furent établis sur un principe contraire : tout s’y faisait au bruit du tambour; tout arrangement intérieur était sur un pied militaire. A une époque où la profession de soldat ouvrait k l’ambition un avenir brillant , il n’est pas surprenant que les jeunes gens apprissent de bonne heure k regarder cette profession comme la seule digne d’un homme de cœur. Le dévoûment de ces jeunes élèves pour l’Empereur , dévoûment que leurs instituteurs prenaient le plus grand soin de leur inspirer, était encore excité par ce souvenir que c’était k lui qu’ils étaient redeva-