CHAPITRE III
blés du bienfait de leur éducation ; ainsi tout ce qui les entourait ne tendait qu’à leur apprendre que l’objet de toute leur vie devait être de se dévouer au service de l’Empereur , et que ce service exigeait d’eux qu’ils suivissent la carrière des armes.
Il y avait dans chaque lycée cent cinquante bourses % dont vingt fournissaient à toutes les dépenses de l’élève; les autres bourses n’entraient dans ces dépenses que pour les trois-quarts et même pour la moitié ; les parens devaient alors suppléer à cefpii manquait au fonds de ces demibourses ou trois-quarts de bourse. Il sortait tous les ans de ces lycées deux cent cinquante élèves , choisis parmi les plus avancés , pour entrer dans les écoles militaires ; les élèves mettaient toute leur ambition à être compris dans ce choix. Ainsi, tout portait les jeunes gens élevés dans les lycées à considérer la vie militaire comme la carrière la plus désirable et la plus naturelle qu’ils eussent à suivre ; et Buonaparte accomplit ainsi sur la génération actuelle ce changement qu’il avait en quelque sorte prédit lorsqu’il avait dit : « Les prêtres regardent ce monde comme une diligence qui doit
' Que l’auteur appelle en anglais exhibitions ou scholarskips. [Édit.)
Vis n* Nap. Bijou. Tome 6.
Il4 VIE DE NAPOLÉON BU ON APARTE.
nous conduire dans l’autre ; je prétends remplir cette voiture publique de bonnes recrues pour mon armée. »
De tous les établissemens nécessaires à l’éducation , les écoles centrales ou les lycées étaient les seuls qui fussent soutenus par le gouvernement, et les cours y étaient bornés généralement au latin et aux mathématiques : connaissances ordinaires d’une académie militaire '. Sans doute que Napoléon se souvenait de Brienne; peut-être aussi pensait-il que les Français n’avaient pas besoin d’études plus cdtnplctes que celles qui avaient fait parvenir leur souverain au gouvernement suprême. Mais il y avait une raison plus forte dans une telle restriction. Si l’on eût admis un autre système d’éducation ,
* quelques hommes auraient pu acquérir ce degré de science qui influe sur l’esprit public ou sur les destinées de l’Etat par d’autres moyens que ceux de la violence; tandis que, par le mode d’éducation admis dans les lycées, un jeune homme doux , paisible et studieux était formé , comme toute la génération, au métier de la guerre , auquel il pouvait être bientôt appelé par la conscription \ Si un père préférait de
1 Le dessin, la musique, les langues vivantes et la danse môme faisaient partie des leçons des lycées. ( Édit .)
a La foule d’hommes remarquables en tout genre sortis