‹ Œuvres Completes de Sir Walter Scott, Vie de Napoleon Buonaparte (volume 2)Chapitre 5 sur 51 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

un objet purement anglais, comme on le disait *, c’est-à-dire de séparer de la cause commune ces efforts qui auraient pu sauver nos alliés , et d’aller chercher de petits résultats dans lesquels l’Angleterre pouvait apercevoir un intérêt particulier. Quoiqu’il devint plus difficile que jamais de choisir des points d’attaque sur lesquels nos moyens limités pussent assurer le succès, on voyait assez clairement que le projet d’ouvrir de nouveaux marchés pour les manufactures anglaises, par la conquête des provinces éloignées et malsaines , était aussi vain qu’immoral. Sous ce dernier rapport notre politique ressemblait au système du chirurgien du roman satirique de Le Sage % qui s’amusait avec son poignard à convertir les passans en blessés , et ensuite en sa qualité de praticien , s’empressait de guérir les blessures qu’il avaiL faites. Quant au profit , nous avions souvent à regretter que les colons que nous nous proposions de transformer en autant de chalands poulie débit des marchandises anglaises fussent trop peu civilisés pour en sentir le besoin , et trop pauvres pour les payer. L’amour du gain s’a-

* Tonte la politique anglaise avait roulé -sur ce pivot d’ égoïsme depuis notre révolution. (Édit.)

* Le Diable boiteux. (Édit.)

ÎO VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE.

buse facilement lui - même : .nos principaux marchands et manufacturiers , entre autres visions commerciales, s’étaient imaginé qu’ils trouveraient un immense marché pour tout ce qui tient aux commodités de la vie dans les vastes plaines de Buenos- Ayres, qui ne sont pourtant peuplées que de chrétiens sauvages connus sous le nom de Guachos , dont le principal mobilier consiste en crânes de chevaux, dont la seule nourriture est de la chair de bœuf crue et de l’eau , dont la seule occupation est de prendre dans des pièges du bétail sauvage , et dont le passe-temps favori est de crever des chevaux par des courses forcées Malheureusement ils préférèrent leur indépendance nationale à nos cotons et à nos mousselines.

Deux expéditions successives furent dirigées contre ce misérable pays ; aucune ne fut profitable à l’honneur et aux intérêts de la nation anglaise. Une poignée de soldats anglais prit possession de Buenos- Ayres , le 27 juin 1806, mais ils furent bientôt attaqués par les naturels du pays et par quelques troupes espagnoles, qui les cernèrent sur la place du marché, et les accablant sous un feu très vif les contraignirent

1 Voyez la relation très extraordinaire publiée sur tes Pampas , par le capitaine Head , du corps du génie.

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