‹ Œuvres Completes de Sir Walter Scott, Vie de Napoleon Buonaparte (volume 2)Chapitre 6 sur 51 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

à mettre bas les armes et à se rendre prisonniers. Un faible détachement anglais s’empara d’une ville appelée Maldonado, située sur la côte. Une nouvelle expédition eut lieu en octobre 1806, pour renforcer cette troupe et agir avec plus d’avantages dans cette partie de l’Amérique méridionale , que la nation anglaise , encore dans l’erreur à ce sujet, considérait comme favorable à son commerce. Montevideo fut pris ; un corps nombreux de troupes commandé p ai' le général Whitelocke , homme dont la réputation était usurpée , et qui s’était élevé très haut dans l’armée sans avoir beaucoup fait la guerre , marcha sur Buenos- Ayres. Ce général se montra à la fols incapable et poltron ; il poussa ses colonnes jusque dans les rues quoiqu’il sût que les toits en terrasse étaient couverts d’excellens tireurs; et afin que les Anglais n’eussent aucun moyen de se défendre, il ne leur fut pas permis de charger leurs fusils , comme si des murailles pouvaient être emportées à la bayonnette. Une des colonnes avait été forcée de se rendre ; une autre , malgré une résistance opiniâtre , s’était emparée d’une forte position ; et il eût suffi peut-être de quelques coups de fusil pour faire cesser le mode de défense employé par les habitans, mais Whitelocke jugea qu’il valait mieux conclure un traité avec eux , afin

12 VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE, d’en obtenir les prisonniers anglais, et renoncer ainsi à toute autre attaque contre la colonie. La conduite qu’il tint en cette circonstance le lit casser par une cour martiale.

Une expédition dirigée contre la Turquie et ses dépendances , fut aussi peu honorable pour le cabinet britannique , et offrit aux armes anglaises aussi peu de succès que les tentatives faites sur l’Amérique du Sud. Celte expédition avait été le résultat d’une guerre entre l’Angleterre et la Porte , qui tout récemment encore , était son alliée contre la France; car, dans ce conflit extraordinaire des nations , la fortune s’était montrée si bizarre , que les alliés étaient devenus ennemis, elles ennemis avaient conclu entre eux d’étroites alliances , et cela presque avant que la paix ou la guerre fut définitivement proclamée. Le temps était passé où la Sublime Porte regardait les querelles et les guerres des puissances chrétiennes avec cette indifférence méprisante que les hommes ont pour les disputes des animaux les plus immondes 1 . Elle était aloi'S dans un tel contact avec ces puissances , que

1 L’envoyé que Louis XIV avait à la cour de Constantinople mit une fois beaucoup d’empressement à annoncer à cette cour une nouvelle qu’il jugeait fort importante ; c’était une victoire que les armées de son maître avaient remportée sur les Prussiens. « Croyez-vous , lui dit le

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leurs révolutions diverses excitaient chez elle un véritable intérêt.

L’invasion de l’Egypte irrita la Porte, et lui fit contracter une alliance avec la Russie et l’Angleterre, alliance qui dura jusqu’au moment où Buonaparte s’empara de la dignité impériale : les Turcs, intimidés par l’immense pouvoir auquel il était parvenu, lui envoyèrent une ambassade pour le féliciter sur son avènement, et lui témoigner le désir qu’ils avaient de cultiver son amitié.

Napoléon , dont les regards se tournaient quelquefois involontairement vers l’Orient , et qui désirait surtout rompre la bonne intelligence qui existait entre la Porte et le cabinet russe, envoya Sébastiani comme ambassadeur à Constantinople , général bien connu par son habileté dans les intrigues de l’Orient , comme il le prouva par le fameux rapport qui contribua tant à faire rompre la paix d’Amiens.

On vit bientôt l’effet des promesses, des menaces et des intrigues 1 de cet ambassadeur.

grand-visir avec un profond mépris , qu’il importe beaucoup à Sa Hautesse que le chien morde le porc , ou que le porc morde le chien ? »

> En bonne diplomatie Y intrigue est un mot qui doit se prendre en bonne part : c’est un talent que les Anglais savent apprécier. (Édit.)

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Les Turcs s’étaient engagés à ne point changer les hospodars ou gouverneurs de la Moldavie et de la Valachie. Sébastiani sut facilement irriter l’orgueil ottoman sur cette clause du traité, et le disposa à ne point s’y soumettre. Les deux hospodars furent changés en dépit des stipulations ; et bien que les Turcs, s’apercevant du danger auquel ils s’exposaient , offrissent de rétablir les gouverneurs qu’ils avaient chassés , la Russie , dans son prompt ressentiment , leur déclara la guerre, etenvahitles deux provinces. Cette occupation , il est vrai , coûta cher à la Russie ; car une armée de cinquante mille hommes engagée aussi témérairement contre les Turcs , aurait pu être de la plus grande importance dans les champs d’Eylau , d’Heilsberg ou de Friedland.

Pendant ce temps , l’Angleterre envoya une escadre, commandée par sir Thomas Duckworth , pour forcer la Porte ottomane à renvoyer l’ambassadeur français et à revenir au système de politique que Sébastiani lui avait fait abandonner. L’amiral Duckworth passa les Dardanelles en dépit des immenses canons dont ces châteaux sont garnis , et qui lançaient de leurs énormes bouches d’airain des fragmens de marbre au lieu des boulets ordinaires. Mais si on s’était promis d’agir contVe les Turcs d’une

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