CHAPITRE IX
Adboocc.
Hais je déclare solennellement que cette épltre n’a été faite pour aucun prince, papr, prélat, potentat, duc, marquU, comte, vi-
’IIIISTKAH SHANDI.
comte OU baron. Kilo n'a point non pins clé colportée. Je ne l’ai oITcric a qui que ce fût, grand ou petit, directementniindirectement, publiquement ou secrètement. C’est une épltre absolument vierge, et pas une ame vivante ne l'a lue.
i’appuie sur ce point, et j’ai mes raisons; c’est pour prévenir toutes les tracasseries qu'on pourrait me faire sur la manière dont j’en veux tirer parti. Paraissez, amateurs, elle esté vendre; je la mets à l’encan.
Il est bien permis, je crois, à un auteur de faire tourner ses veilles et ses travaux à son plus grand avantage. Mais je déteste de marchander sur ce point. Et qu’est-ce que font quelques guinées de plus ou de moins ? C’est ce qui m’a d'abord engagé à en agir ouvertement avec les grands dans cette affaire. J’y trouverai peut-être mieux mon compte.
S’il y a donc dans le monde quelque prince, duc, marquis, comte, vicomte ou baron, qui ait besoin de mon épltre, elle est à son service; il peut parler. Je la lui donne pour cinquante guinées : sans cela je la garde. C'est vingt guinées de moins que je ne pourrais la vendre à un homme de génie.
Kxaminez-la encore une fois, mylord. Ce n’est pas iin de ces morceaux de flatterie grossière qui insulte ceux à qui on l'adresse. Vous voyez que le dessin en est bon, le coloris transparent, le coup de pinceau passable.
On peut encore, vis-ù-vis d'un homme scientifique, l’apprécier d’une manière plus précise. Mesiircz-la, si vous voulez, sur l’échelle du peintre, divisée en vingt parties. Je crois, mylord, que des lignes antérieures peuvent répondre à douze ; la composition à neuf; le coloris à six; l'expression à treize
et demie; le dessin Oh ! pour cela, si
l'on m'accorde que j’y aie mis du dessin....
Je m’imagine, en ce cas, qu'on peut bien le comparer à vingt. Mais ne mettons, si vous voulez, que dix-neuf. N’y a-t-il pas encore autre chose qui vaut son prix ? Les ombres de votre poupée favorite, quelque ridicule qu’elle soit, n’en sont qu’une ligure accessoire, et donnent de la force et du relief aux jours qui frappent voU'c propre figure. Ils la
font paiaitre avec plus d'avantage : elle devient la Hgui-e principale. D'ailleurs, il régné dans l'assemblée un air original qui mérite d'etre observé.
Envoyez donc , mylord , ces cinquante.guinéesà mon libraire. C’est un galant homme, et il me les remettra. Moi, de mon côté, j’aurai soin, à la première édition, de supprimer ce chapitre. Alors vos titres, vos distinctions, vos armes, et même vos bonnes actions setvirent de frontispice au chapitre précédent. Je les placerai au-dessous de la légende : De gmlibus non est dUputandum ; et tout ce que vous trouverez dans mon livre, qui aura quelque rapport aux califourchons , à la marotte en vogue, vous appartiendra. Je vous le cède ; mais je ne vous cède rien de plus, mylord. Je dédie le reste à la lune. Cest peut-être, de tous les patrons et de toutes les patrones qui se présentent à mon esprit, celle qui donnera le plus de vogue à mon ouvrage.
Bullante déesse.
Si vous n’êtes pas trop occupée des affaires de Candide et de mademoiselle Cunégonde, prenez aussi sous votre protection celles de Trulram Shandy,