‹ Œuvres completes de SterneChapitre 103 sur 507 · B dÿiiailioB · texte numérisé non relu

B dÿiiailioB

Un nez est un nez , cela est certain. Mais on se méprend souvent sur les choses les plus évidentes; et ce que je rapporte ici de ma bisaïeule, le prouve assez. Je n’aime pas les équivoques. Aussi ne ferai-je pas une ligne de plus que je n’aie expliqué et déGni , avec la plus exacte précision , ce que j’entends par l’objet dont je parle. Je suis d’opinion que c’est à la négligence des écrivains , sur un point aussi essentiel , que l’on doit tous ces écrits de haine qui ont signalé dans tous les temps les querelles des scoliastes, des philosophes et autres gens de cette trempe. Le même mot les a mis aux prises , et ils sc sont fait une guerre de Gel et d’injures sur la manière de l’entendre. Hais , quand on a donné une bonne déGnition, que la vraie signiGcation du mot est bien déterminée , et que son vrai sens ne peut soiilTrir d’ambigiïité, il en résulte des avantages inGnis. On n’essuie point de contradictions, tout est d’accord. Je défierais alois au père delà confïision de vous jeter dans le moindre em-

TMSTRAM SHANDT.

barras, ou de vous mettre dans la t£te, ou dans celle de vos lecteurs , une autre idée que celle que vous avez voulu donner.

C’est, surtout, dans les livres d’une morale aussi stricte , d’un raisonnement aussi serré que celui-ci , que la plus légère négligence serait absolument inexcusable. Le ciel m’est témoin combien je regrette d’avoir quelquefois, dans le cours de cette histoire, laissé, malgré moi , l’occasion de faire de fausses interprétations. Eugène m’en a souvent réprimandé avec chaleur. Je me promenais un jour avec lui. Il tenait à la main la première partie de ce livre des livres. — Voici un double sens, s’écria-t-il, en mettant le doigt sur une expression équivoque. Cela s’entend de deux manières. — Et voici deux chemins , lui répliquai-je, en me retournant avec vivacité vers lui, l’unest beau, l’autre est mauvais, lequel prendrons-nous? le plus beau , sans contredit. Eh bien ! Eugène, lui dis-je en me retournant encore , la déGnition n’est donc qu’une défiance injurieuse aux lumières et à l’honnételé des lecteurs. Par là je triomphai d’Eugène. Hais, je l’avoue, je n’en triomphai que comme je fais toujours, c’est-à-dire, comme un sot, et cette victoire ne m'a pas rendu orgueilleux : la nécessité d’une déGnition précise ne m’en parait pas moins absolue.

Et je supplie d’avance mes lecteurs , mes lectrices, de se mettre en garde contre les suggestions de l’esprit malin , et de ne pas souffrir qu’il insinue, par aitiHce ou autrement, d’autres idées dans leur esprit que celle que j’entends qu’on prenne par ma définition.

Or , mon intention est que dans tout ce chapitre, et dans tous ceux où je parlerai de mon nez ou de celui des autres , on ne conçoive pas autre chose qu’un nez ni plus ni moins.Cela est-il clair? et sera-ce ma faute, si quelque voyageur qui voit un chemin bien ouvert, bien battu, en préfère un autre où il court le risque de se fourvoyer?

CH.\pn’RE ex.

Suilc do cbjpître cvm.

Vous vous entendez, reprit mon bisaïeul. Eh bien! qu’entendez-vous?... je n’ai point de nez , s’écria-t-il en portant la main sur le sien. Oh ! parbleu , madame, c’est une injure qui n’est pas concevable. Voyez, voyez aussi le portrait de mou père , et jugez si son nez n’était pas infiniment plus court que le mien. Mon bisaïeul avait raison. Le parallèle lui était favorable : mais, avec ce brillant avantage , le nez qu’il portait n’en était pas moins pour tout le monde, et pour ma bisaïeule, comme le nez de tous les hommes , femmes et enfans que Pantagruel , dans le cours de ses voyages, trouva sur l’ilc d’Enn.asin. Et, si vous voulez savoir en pas,sant comme ils étaient faits, vous pouvez lire le chapitre IX duquatrième livre de l’histoire de cet homme célèbre. Vous y verrez , mot pour mot , que les habitans de l’Ile ressemblaicntà beaucoup d’autres, excepté que les hommes, les femmes et les enfans avaient le nez de la figure d'un as de trèfle. Et que c’est pour cela que l’ile s’appelaitEnnasin... Cependant ma bisaïeule insista si vivement sur l’amplification de son douaire, que mon bisaïeul, pour ne plus essuyer de querelles de cette nature , consentit à tout ce qu’elle voulut : l’article fut arrêté et signé.

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