CHAPITRE CXI
miti!
— Cest un douaire bien exorbitant, bien injuste, mon cher ami, disait ma grand'mèrc à mon grand-père , que nous sommes ainsi obligés de payer sur un aussi petit bien que le nôtre.
— Cela est vrai, ma chère, répliquait mon grand-père; mais mon père n’avait pas plus de nez qu'il n’y en avait sur le dos de ma main. Elle lui fit la loi.
TBISTRAM fUHDT.
Il faut sa voirque ma bisaïeule avait survécu à son mari, et que mon grand-père eut a payer ce douaire pendant douze ans. Il était de cent cinquante guinées. La Saint-Michel était la fête de l'année qui paraissait toujours arriver le plus tOt; mais cela ne faisait point de peine à mon grand-père. C’était l'homme du monde qui se débarrassait avec le plus de plaisir de ses obligations pécuniaires. Tant qu'il n’était question que des cent premières guinées, il les faisait voler sur la table avec cette agréable gaité dont une ame généreuse est seule capable quand elle se défait de son argent... Hais il n'en était pas de même quand il entrait dans la cinquantaine extraordinaire qui excédait et qui lui paraissait exorbitante. Ses sourcils se fronçaient; il se passait le doigt sur le côté du nez : il semblait que c'était là où il se sentait blessé. Il ne jetait chaque nouvelle guiuée qu’après l’avoir examinée des deux côtés; et c’était un travail si laborieux, qu’il allait rarement jusqu’au bout sans être obUgé de tirer son mouchoir de sa poche pour s’essuyer les tempes.
Préservez-moi, juste ciel, de ces esprits persécuteurs qui n’ont aucune indulgence pourics passionsqui agissenten nous! Jamais, oh ! non jamais, je ne me rangerai sous l’étendard de ceux qui ne peuvent détendre l’inflexibilité de leur caractère, et qui ne sentent aucune pitié pour la force de l’éducation, et pour les opinions qui prévalent sur les autres par l’habitude , ou parce qu’elles nous sont venues successivement de nos ancêtres...
Depuis trois générations au moins, un ressouvenir heureux de nez iufiniment plus longs, avait graduellement pris racine dans toute la famille. La tradition i’avaitcontinuellemcnt fortiCé, et l’intérêt, pendant douze ans, l’avait rendu bo.aucoup plus vif. Un regrettait encore plus sensiblcmcnlquc le temps passé ne fût plus ; et mon père était fort loin de pouvoir s’approprier tout l'honneur des fantaisies qui agitaient son cerveau sur ce point. Il ne pouvaitraisonnabicmentsc vanter que d’une chose : c’est que toutes ses autres opinions bizarres étaient à lui seul; mais, pour celles-ci, on pouvait dire qu’il les avait presque sucées avec le lait de sa mère. Il en fit cependant son lot. Lt si l’éducation (qu'on
me passe cette façon de parier) planta la méprise dans l’esprit de mon père, il prit un tel soin de la cultiver et de l’arroser, qu’il la porta bientôt à son plus parfait degré de maturité.
Il disait souvent, en développant ses pensées sur ce sujet, qu’il ne concevait pas comment certaines familles connues en Angleterre, avaient pu se soutenir contre une suite non interrompue de huit ou dix nez camus, vice veriâ ; il ajoutait que c'était pour lui un vrai problème à résoudre dans la siKiété civile, que de savoir pourquoi le même nombre de longs et jolis nez, qui s’étaient suivis les uns et les autres en ligne directe, n’avaient pas guindé celui qui en était l’heureux possesseur dans les plus belles places du gouvernement. Un joli nez ! quel apanage ! mon père se vantait souvent que les Shandy, qui étaient dans un haut degré d’élévation sous lerègnedc Henri VIII, n’étaient parvenusque par-là à ces dignités, et qu’ils n’avaient jamais employé de brigues poiu* les obtenir. La fortune Gt faire à sa roue un tour funeste qui accabla leur postérité par l’existence de mon bisaïeul. On ne peut jamais se rédimer de l’accident dont il fut la victime... Son nez aplati !..
Belle, douce et charmante lectrice, où ton imagination va-t-cllc te porter ? Je l’ai déjà dit : si tu me dois de la conGance, je n’entends pas autre chose par le nez de mon grand-pap, que cet organe extérieur de l’odorat, que cette prtie de l’homme qui fait saillie sur son visage, et dont les peintres disent, en combinant ses belles proportionsavec celles d’une jolie Ggure, qu’il doit être de la troisième prtie du visage, à le prendredu bas jusqu’au point le plus élevé du front... Ressouvenezvous, je vous prie, une seconde fois pour toutes, de ce que je viens de répéter. Ce serait à lu Gn abuser de ma- complaisance, si, à cha<|ue fois que je parlerai d’iine chose, il fallait que je l’expliquasse.
TmiSTaui taAfTDT.