‹ Œuvres completes de SterneChapitre 111 sur 507 · II · texte numérisé non relu

II

et arrive à l’enseigne où notre hér(« s'était arrêté.

— Ma foi , monsieur, nous n'avons que do la choucroùte et du pain... Nous avions bien une demi-douzaine d'œufs, mais un voyageur qui est arrivé avant vous en a fait faire une omelette.

— Eh, morbleu ! j’ai plus besoin de dormir que de manger.

Sur ce picd-là, dit l’hôte, je suis votre homme; je me flatte d’avoir ici le lit le plus mollet qu’il y ail dans toute l’Alsace. Je voulais d'abord le donner à l'étranger.

— Ma lime, dit Jacinte,il a le nez si gros et si long.... Comment.... est-ce qu'il a une fluxion.... Je ne sais, mais ça fait peur.... O ciel! s’écria l'étranger, serait-ce une fausse lueur d’espérance ? Répète, ma fille , ce que tu viens de me dire.... N’est-ce point un badin.agc ? — Non , monsieur , non , dit l'hôte, c'est un nez merveilleux. — Juste ciel! grâces le soient rendues ! tu me conduis enCn au bout de ma course; c'est lui, oui, c'est lui, n’en doute pas; c’est Don Dièguc, dit le frère de la belle Julie.

Il avait accompagné sa sœur depuis Valladolid jusqu’en France, en traversant les Pyrénées; mais les fatigues qu'elle avait essuyées, jointes à l'inquiétude qui la tourmentait sur le sort de son amant, lui avaient causé une maladie qui l’arrêta à Lyon. A peina lui était-il resté assez de force pour écrire à son cher Diégo. Elle avait remis la lettre a son frère, en le conjurant de ne jamais la revoir qu’il ne l’eût remise à son amant.

Fernandès se coucha : l'édredon qui composait le lit le plus mollet de l’Alsace, s’était rassemblé en une telle multitude de petites boules, qu’il ne put dormir de toute la nuit. Il se leva au point du jour. Diégo se trouva éveillé aussitôt que lui, et par une belle aurore, il lui remit la lettre de sa sœur.

Seigueor DtÉCO,

Que lei toupçoni que m'inspire votre déguisement soient fondes ou non, c’est ce qui m'inquiète te moins dans ce moment. U me semble qu’il doit vous suffire que je n'aie pas la force de les supporter plus long-temps.

Que je vous connaissait mal, quand je vous

TRISTHAM SlIANnT.

fit (lire fiar ma duègne de ne plus reparaître sous ma jalousie ! mais que je vous connaissais bien peu, ô Diego! lorsque je m'imaginais que vous seriez reste à ValludoUd pour dissiper mes doutes!,.. Deviez-vous donc m'abandonner parce que je m'étais trompée ï et, soit que mes craintes fussent imaginaires ou réelles , deviez-vous ainsi prendre les choses li la lettre , et me livrer au plut affreux désespoir ?

Mon frère vous dira combien j’ai souffert ; il vous dira combien je me suis repentie du message incliscret dont j’avais chargé ma duègne. Il vous dira que je volai avec précipitation à ma jalousie : vous saurez, par lui, avec quelle constance j'g restai pendant plusieurs jours appuyée sur mes deux coudes , les yeux immobiles et tournés du côté par où vous aviez coutume de vous y rendre.

Il vous dira que les forces abandonnèrent votre Julie, lorsqu'elle apprit votre départ; que tout son sang se figea; quelle fondit en pleurs, et que son abattement fut si grand, qu elle n'avait pas le courage de retirer sa tête tombée sur son sein

O Diego ! D'iégo ! si vous connaiuiex les chemins que mon frère m'a fait parcourir pour voler sur vos traces, combien la violence de ma passion n'a-t-elle pas exagéré mes forces pour soutenir la fatigue! combiende fois nesu'is-je pas tombée entre ses bnu,en m’écriant : 6 D'ségo!

Si vos yeux enchanteurs , si la douceur de vos traits peignent votre ante, je ne doute point que vous ne voliez vers moi avec autant de vitesse que vous en avez mis à me fuir; mais, quelque prompt que soit votre retour, vous n'arriverez, hélas ! que pour me voir mourir. Mourir! ah! Diégo, D'iégo! faut-il que je meure sans être....

Une faiblesse avait empêche Julie de pouvoir continuer. EtSIawkcmbcrgius, fort embarrassé ici pour deviner comment il aurait terminé cette phrase, se hasarde à dire, après avoir long -temps hésité, quelle y aurait ajouté le mot convaincue. Ëlleavaitdes doutes, dit-il; une jeune fille amoureuse qui cherche à éclaircir scs inquiétudes, exige toujours qu'on aille jusqu'à la conviction ; ainsi il est probable que Julie regrettait de mourir sans

être pfirfaitemcnt sûre de la fidélité de son amant.

Avec quels transports il lut cette lettre ! Que l'on selle vite ma mule et le cheval de Fernandès, s'écria-t-il. Mais le langage ordinaire dans ces sortes d'occasions n'exprime que très-faiblement le plaisir que l'on goûte... O divine poésie ! c'est là ton lot.

Le hasard , ce dieu aveugle qui nous priicipite aussi souvent dans des abîmes de maux, qu'il nous élève au faite du bonheur, oITi it en ce moment à l'œil de Diégo une substance précieuse dont il fit usage à l'instant même. Un morceau de charbon qu'il aperçut dans la cheminée, se métamorphosa aussitôt en crayon, et il traça, sur la muraille de sa chambre , une ode qui exprimait son enchantement.

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