‹ Œuvres completes de SterneChapitre 112 sur 507 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

Oo Que reu*je, grand» di«oiP

Uar» aacr^i d’Apollon , Calliope, rranie !

Je Toii... je ne toi» rien, mes reax...

Ak! }c vou, je Toia loal, piii»<|Qe je rot» Jolie l lns4romenl de l'amonr ! oh ! le» son» qoe ta reod»,

Omaad to o’ea pa» pincé de» dongl» de ma déesse.

Sont toajoor» aigre», dors, raoqocset dtscordans.

Sa naio dooce, sa main légère, cncbanleresse ,

Sa nain sait en tirer les sons déliricox ,

Qoi charment loua les cœurs et voua onvreot les cicoa,

Jolie, idole de mon

Ces vers étaient certainement fort beaux, et ce fut bien dommage, s'écrie Slawkeiubergius, que le seigneur Diégo, inquiet sur la rime qui devait suivre , ne sût si Julie était l'idole de son coeur ou de son ame. Rien n'est si cniel pour un homme de génie , que d'être asservi à l'usage d'un mot dont la redondance peut , à la vérité , flatter l'oreilic, mais dont l'absurdité heurte le plus souvent la raison. On conçoit que son génie était arrêté par la rime qui devait suivre.. ..C’est le diable que la rime Et , quand elle fait

TniSTRASI 8IURDV.

pcnire une chose aussi inlércssanle que devaill’étreccclieWœuvrc du seigneur Diego, on est tente de souhaiter que l'on renouvelle la fameuse loi.qtii.sousle règne de Henri IV, dclendit à tous auteurs de rimailler.

Ce superbe morceau de poésie l} ri(|ue, qui eût mérité d’étre gravé en lettres d’or, et de faire le pendant à l'ode sur la narigation , cette ode si fameuse que \ps connuissuires de /’aniiroBré payèrent si cher l’an passe à notre poète lauréat, resui malhiuireusement au bout du charbon qui en avait tracé la première strophe.

Quoi qu’il en soit, le seigneur Diégo fut arrêté tout court dans son élan poétique... H es.saya quelques autres tournures; mais, soit qu’il lût lent à faire des vers, ou que le garçon d'écurie fût prompt à seller les chevaux, toujours est-il vrai qu’il n’avait encore rien trouvé lorstpi’on vint l’avertir que sa mule et le cheval de Feruandés étaient a la porte. Il abandonna sou chef-d'ucuvre, et les voilà partis...

Ils passf'rent le Uhin, traversèrent l’Alsaee et arrivèrent à l.von. Les médecins avaient épai^né Julie : soutenne par l’amour et par son cherDiégo, elle franchit avec lui les Pyrénées. Ils dormaient déjà depuis deux nuits sur le même oreiller à Valladolid, lorsque les Strasbourgeois, l’abbesse de yuedhùtnbergh et ses quatre grandes dignitaires attendaient l'inconnu sur le chemin de Francfort.

Je suppose que mesiceteurs savent un peu de tout : il n’est donc pas fort nécessaire que je h'ur apprenne que, tandis que Diégo était en F.spagne, caressant sa belle, il était très-difficile de. le rencontrer sur la route de Francfort à Strasbourg trottant sur sa mule. Mais ce que je ne puis me dispenser de dirc,c.’est que de tous les désirs qu’irrite l’impatience, il n’en est point qui tourmente plus que la curiosité.

Les pauvres Strasbourgeois en firent la cruelle épreuve. Ils avaient à peu près calculé le temps où l’étranger devait paraître.

Ils l’altendireni jusqu’à la nuit, il ne vint point. Us imaginaient que quelque chose d’extraordinaire l’avait retenu.

L’espoir les berça ainsi pendant un jour, deux jours, trois jours; une nuit, deux nuits,

trois nuits , et ce ne fut enfin que le quatrième jour au soir qu’ils prirent le parti de rentrer dans la ville.

Mais, hélas! le destin leur avait réservé un accident bien plus étrange. Cette révolution fit un bruit prodigieux dans toute l’Kurope. Les gaiettcs du temps, les historiens qui les ont copiées depuis, ont entrepris d’en développer les causes ; mais ils ne l'ont jamais fait.

Jevnis,ditSIawkembergius, les faire connaître en deux mots , et , par-là , je mettrai fin à mon conte : c’en sera la péroraison.

Il n’est personne qui n’ait entendu parler du fameux système de monarchie universelle, que l’on proposa à Louis XIV, sous le ministère du grand Colbert, l’an de grâce 1664. On sait aussi que le début des opér.itions qui devaient concourir à réaliser ce célèbre projet, était de s’emparer de Strasbourg, parce qu’on se facilitait par là le moyen d’entrer en tout temps dans la Souabe et de troubler toute l’Allemagne. Ce fut en conséquence de ce plan que Strasbourg fut pris. Mais il est si peu d’historiens qui soient assez heureux pour pénétrer les véritables causes des révolutions qu’ils déci'ivcnt ! Le vulgaire va les chercher trop loin , les politiques trop près : la vérité se trouve entre ces deux extrémités

Ce ne fut point cette cause , dit un autre avec ostentatio|^ qui occasionna la chute des Strasbourgeois. Elle doit à jamais servir d’exemple à tous les peuples libres, de bien administrer les fonds du trésor public. Les Strasbourgeois avaient anticipé sur leurs revenus; ils ne purent faire face aux dépenses ordinaires, qu’en multipliant les impûts.Ils épuisèrent toutes leurs ressources, et devinrent enfin si faibles , que leurs portes s’ouvrirent à la F' rance.

Hélas! hélas! s’écrie Slawkembergius, en haussant les épaules de pitié à la lecture de CCS bouffissures historiques. Ce ne fut point les F rançais qui ouvrirent les portes de Strasbourg, ce fut la curiosité. Les Français épiaient le moment favorable de la surprendre ; peu s’en fallut qu’ils ne tentassent cette expédition au milieu de la catastase de cette

rniüTRAII SUAHDT.

liistoire. Ils nppi-ircnl que les SlnisboiirReois avaient quitté la ville pour aller sur la roule de Francfort, et ils vinrent occuper leur place.

Hélas ! hélas ! s’écrie encore Slawkembergiiis du ton le plus lamentable , c’est la première forteresse dont , à ma connaissance , un nez ait causé la perte ; mais je crains bien que ce ne soit pas la dernière.

Cbercbez donc à pré.scnt la vérhé dans l’hisloirc ! Pauvres dupes que nous sommes, ou de l’opinion de ceux qui l’écrivent, ou du misérable petit intérêt qui les domine... que gagnon.s-noiis à leur lecture? Hélas! bêlas! puisque j’en suis aux exclamations , nous n’apprenons qu’ù nous mentir à nous-mêmes. Mais bcureusement que je me sers depuis long-temps d’un préservatif bien sùr contre ce |)écbc, c’est que, grâces à Dieu, je ne lis pas d’autre histoire que celle de don Quichotte.

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